lundi 15 janvier 2018

Un homme trop facile - Eric-Emmanuel Schmitt


Un homme trop facile
 
Eric-Emmanuel Schmitt


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, c'est un livre un peu particulier que je vous présente, étant donné qu'il s'agit d'une pièce de théâtre, genre que, bien qu'en étant un très grand amateur, je ne vous ai presque jamais présenté.

Mon dévolu s'est porté sur la pièce Un homme trop facile d'Eric-Emmanuel Schmitt.

A. Caractéristiques du livre


Titre =  Un homme trop facile
Auteur = Eric-Emmanuel Schmitt
Edition - Collection = Albin Michel
Date de première parution =  2013
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Comédien adoré du public, Alex, homme aimable et tolérant, s'apprête à entrer en scène pour la première du Misanthrope lorsque Alceste, le vrai, l'homme aux rubans verts de Molière, lui apparaît dans le miroir de sa loge. La stupeur passée, la conversation s'engage mal entre celui qui voudrait changer le monde et celui qui l'accepte tel qu'il est. Qui triomphera, de l'idéaliste en colère qui s'indigne de la vie ou du libertin indulgent qui en rit ? Et lequel des deux gagnera les faveurs de l'insaisissable Célimène ?
 

C. Mon avis sur le livre
En voici une pièce qui en déroutera plus d'un...Au delà des considérations sur l'œuvre de Molière et sur le métier de comédien en général, lancées par l'interprète du Misanthrope et le vrai Misanthrope (qui parle tout en vers), s'intercalent diverses petites intrigues (une fille qui se dispute avec son acteur de père, la couturière folle amoureuse, le nouvel auteur à peine sorti de l'œuf mais déjà pédant et insupportable...) se mêlent à cette pièce qui fait réfléchir de la première à la dernière réplique...répliques qui, par moments, ne manquent pas non plus de mordant. De plus, comme dans tous ses livres, Eric-Emmanuel Schmitt ne peut s'empêcher d'insérer des réflexions philosophiques sur le genre humain et le monde qui nous entoure, ce qui est cependant toujours plus appréciable. Autre point extrêmement positif : la fin qui surprendra tout le monde...

En bref, Eric-Emmanuel Schmitt reprend un leitmotiv qu'il a avait déjà pris dans une précédente pièce (intitulée Le Visiteur, dans lequel il confrontait Freud à Dieu) pour une nouvelle pièce certes déroutante, mais bien écrite et philosophiquement riche...
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Léda (Célimène) : Plaire est mon gagne-pain. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un physique ingrat.(p. 9)

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Doris (la couturière) : C'est mon premier Misanthrope, monsieur, et je ne voudrais pas le rater parce que moi, en tant qu'habilleuse, j'ai le goût des classiques : y a du pompon, du pourpoint, de la dentelle, de la perruque et du ruban, je me sens utile. On a beau dire, le répertoire, ça reste plus exigeant que le contemporain. Quant au théâtre expérimental, avec ces acteurs qui se tortillent nus, ça tue le métier !  (p. 14)
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Alex (Alceste) : Ayez l'air naturel sur un texte pareil ! Comme si un cochon pouvait paraître décontracté au-dessus des braises avec une broche dans le cul...  (p. 23)

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Doris : Vous vous doutez bien que je n'aime pads me regarder dans une glace.
Alex : Non. Pourquoi ? 
Doris : Je préfère échapper aux mauvaises nouvelles. 
[..]
Doris : Les miroirs et moi, nous sommes fâchés. C'est utile, la lucidité, mais de là à s'en infliger une indigestion...  (pp. 28-29)
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Alex : Ce sont des êtres fuyants, mystérieux, insaisissables comme vous, qui forcent les mâles à réfléchir, à développer leur intellect. Les complications des femmes ont spiritualisé nos envies sexuelles et créé une sorte d'hybride que l'on appelle l'amour. Sans votre coquetterie, nous resterions des bêtes. La garce est l'avenir de l'homme. 
[..] 
Une garce, c'est un dieu capricieux  qui se voile autant qu'il se révèle, une vérité entrevue, une promesse qui vacille.  (pp. 46-47)

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Léda : Une promesse, c'est comme un plat gratiné, chaud et savoureux à la minute où ça sort du four, froid et insipide une heure après. Annoncer qu'on embrassera, c'est aussi sot que jurer que demain on éprouvera de la fièvre.  (p. 66)
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Odon Fritz (le nouvel auteur) : Suspect, le succès : ça flatte les préjugés, ça brasse les clichés, ça ne remet rien en question, ça exploite la médiocrité commune sans la corriger d'un iota. Le succès, c'est le deuil de l'invention, la trahison  de l'exigence, la négation de l'idéal. Quand ils viennent vous voir, les gens abdiquent toute ambition, ils ne possèdent pas la moindre notion de ce qu'est l'art, ils veulent juste passer un moment agréable avec un homme "sympathique".  (p. 84)

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L'inconnu du miroir (le vrai Alceste) : 

Trop facile, monsieur ! Pour prouver son esprit,
Il n'est pas suffisant de varier ce qu'on dit
Un crétin exhaustif continue à déplaire
En corrigeant le faux d'une opinion contraire. (p. 85)
 
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L'inconnu du miroir (le vrai Alceste) : 
Il fallait sans tarder rabattre sa superbe,
Fouetter ce maraud d'une semonce acerbe,
Le corriger, morbleu, lui dégonfler le front,
À plus de modestie ramener ses façons !
Si le blâme déplaît, sa justesse soulage
Car qui se voit peu sot le devient davantage. 

Alex :
Oh non, pourquoi gâcher la joie de cet abruti ? Il s'aime, il s'admire. Laissons-le être ridicule en paix.  (p. 102)
 
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L'inconnu du miroir (le vrai Alceste) : Rire, c'est renoncer à la grandeur de l'homme. 

Alex :
Rire, c'est accepter que l'homme soit un homme.
En nous on trouvera le pire et le meilleur.
Du mauvais vous jouez l'exhaustif aboyeur.
Sans répit et sans fin, nous cassant les oreilles;
Je préfère celui qui souvent s'émerveille,
Sourit, plaisante, jouit, à celui qui rugit.   (p. 103)
 
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Alex : Tes amis, malheureuse ! Des mollusques écervelés qui te collent au cul à cause du misérable milligramme de testostérone qui agite leur grand corps mou !    (p. 118)



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Léda : Moi qui n'avais interprété que du boulevard, je m'étonne : les pièces classiques, elles intimident lorsqu'on le lit, elles s'approfondissent quand on les répète, mais elles deviennent évidentes sitôt qu'on les joue. Je me sens moins fatiguée qu'à l'ordinaire.  (p. 143)

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Alex : Je vous portais en moi, monsieur le Misanthrope comme l'un de mes possibles ; vous êtes le possible que je n'ai pas choisi. Comme vous, je connais la colère mais , au contraire de vous, je la repousse tant elle me semble infantile. Comme vous, je ressens de l'indignation mais j'ai banni la posture suspecte de l'indigné car je n'ai rencontré que des indignés contre les autres, jamais un indigné contre lui-même. Comme vous, j'ai des poussées de pessimisme mais j'ai décidé de préférer l'optimisme d'espérer en l'avenir plutôt que de le craindre, de cultiver la joie au lieu de la tristesse, de me réjouir de ce que j'ai, non de m'affliger de ce qui me manque. Comme tout humain, je suis plein d'autres caractères que le mien, gros des individus que j'aurais pu être si j'avais fait d'autres rencontres, élu d'autres valeurs, traversé une autre histoire. Vous êtes là, Alceste, en moi, auprès de Créon, d'Hamlet, du Cid, de Don Juan, de Figaro ou de l'Avare, un dans une multitude.  (p. 150)

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Alex : L'âme est une boîte de peintre, monsieur, qui possède toutes les couleurs, renferme l'arc-en-ciel, contient d'infinies nuances; chacun de nous, au gré des circonstances, va en élire certaines, définir sa gamme, créer son chromatisme.   (pp. 151-152)

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L'inconnu du miroir :
Blanc, noir, tantôt le chaud, tantôt le froid, foutaise !
À minuit et un quart, madame a son malaise
À minuit et deux quarts, madame s'offre au bouc !

Alex :
Souvent femme varie !

L'inconnu du miroir :
Bien con est qui s'y fie.   (p. 172)

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Alex : Perfectibles, peut-être, parfaits sûrement pas. Tolérez l'imperfection, acceptez la déception, supportez l'à-peu-près, habituez-vous à la frustration, sinon au lieu de prospérer parmi eux, vous continuerez à fuir les humains dans le désert. Votre obsession correctrice vous porte à la violence, Alceste, à la terreur. arrêtez de réformer le genre humain, cessez de ne voir en chacun que ce qui lui manque, prisez-le tel qu'il est.  (p. 184)

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jeudi 11 janvier 2018

L'ami retrouvé - Fred Ulhman


L'ami retrouvé
 
Fred Uhlman



Bonjour à toutes et à tous,
 
Pour ma seconde lecture de l'année, un très court roman, mais très intense sur l'amitié, en Allemagne, dans les années 30, entre un jeune homme juif et un autre jeune homme qui pourrait se trouver de l'autre côté...

Je vous présente donc L'ami retrouvé de Fred Uhlman

A. Caractéristiques du livre


Titre =  L'ami retrouvé
Auteur = Fred Uhlman   (traduit de l'anglais par Léo Lack)
Edition - Collection = Folio   (Gallimard pour la première édition)
Date de première parution =  1978
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Âgé de seize ans, Hans Schwarz, fils unique d'un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart. Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l'arrivée dans sa classe d'un garçon d'une famille protestante d'illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l'amitié, tel que le lui fait concevoir l'exaltation romantique qui est souvent le propre de l'adolescence...
 

C. Mon avis sur le livre
Une histoire d'amitié singulière entre un jeune homme juif et un autre jeune homme mystérieux (qui s'avèrera plus tard descendant de partisans du nazisme) extrêmement bien écrite, avec par endroits des phrases "philosophiques" vraiment percutantes, mais à laquelle on pourrait reprocher son (trop) court format.

Ce roman est extrêmement agréable à lire jusqu'à son dénouement en même temps surprenant et peu étonnant si l'on y réfléchit bien...
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort. (p. 13)

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J'entends encore la voix lasse et désillusionnée de Herr Zimmermann qui, condamné à enseigner toute sa vie, avait accepté son sort avec une triste résignation. Il avait le teint jaune et ses cheveux, sa moustache et sa barbe en pointe étaient teintés de gris. Il regardait le monde à travers un pince-nez posé sur le bout de son nez avec l'expression d'un chien bâtard en quête de nourriture.  (p. 14)
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Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu'il fallait que Conrad devînt mon ami, mais je ne doutais pas qu'il le deviendrait. Jusqu'à son arrivée, j'avais été sans ami. Il n'y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l'amitié, pas un seul que j'admirais réellement, pour qui j'aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d'une confiance, d'une abnégation et d'un loyalisme absolus. Tous m'apparaissaient comme des Souabes bien portants et dépourvus d'imagination, plus ou moins lourds et assez insignifiants, et les membres du Caviar eux-mêmes n'y faisaient pas exception.   (p. 27)

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Entre seize et dix-huit ans, les jeunes gens allient parfois une naïve innocence et une radieuse pureté de corps et d'esprit à un besoin passionné d'abnégation absolue et désintéressée. (p. 28)
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En ce temps-là - peut-être est-ce aujourd'hui différent - nos professeurs, au Karl Alexander Gymnasium, tenaient le sport pour un luxe. Courir après un ballon pour le botter, comme cela se faisait en Amérique et en Angleterre, leur apparaissait comme une terrible perte d'un temps précieux, qui eût pu être employé avec plus de profit à acquérir un peu de savoir. Deux heures par semaine pour fortifier son corps était considéré comme plus que suffisant.  (p. 33)

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Ainsi se passaient les jours et les mois sans que rien ne troublât notre amitié. Hors de notre cercle magique venaient des rumeurs de perturbations politiques, mais le foyer d'agitation en était éloigné : il se trouvait à Berlin, où, signalait-on, des conflits éclataient entre nazis et communistes. Stuttgart semblait aussi calme et raisonnable que jamais. De temps à autre, il est vrai , se produisaient des incidents mineurs. Des croix gammées faisaient leur apparition sur les murs, un citoyen juif était molesté, quelques communistes étaient rossés, mais, en général, la vie continuait comme à l'ordinaire.  (p. 45)
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La politique était l'affaire des adultes et nous avions nos propres problèmes à résoudre. Et celui que nous trouvions le plus urgent était d'apprendre à faire de la vie le meilleur usage possible, indépendamment de découvrir le but de la vie, si tant est qu'elle en eût un, et quelle serait la condition humaine dans cet effrayent et incommensurable cosmos. C'était là des questions d'une réelle et éternelle importance, beaucoup plus essentielles pour nous que l'existence de personnages aussi éphémères et ridicules que Hitler et Mussolini.  (p. 46)

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Il me semblait qu'il n'y eût que cette alternative : ou bien aucun Dieu n'existait ou bien il existait une déité, monstrueuse, si elle était toute-puissante et vaine si elle ne l'était point. Une fois pour toutes, je rejetai toute croyance en un être supérieur et bienveillant.  (p. 50)
 
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Il dit un tas de choses à propos du mal et allégua qu'il était nécessaire si nous voulions apprécier le bien, tout comme il n'y avait pas de beauté sans laideur, mais il ne réussit pas à me convaincre et nos discussions n'aboutirent qu'à une impasse.  (p. 52)

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Tout ce que je savais, c'est que c'était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu'être juif n'avait fondamentalement pas plus d'importance qu'être né avec des cheveux bruns et non avec des cheveux roux. Nous étions Souabes avant tout chose, puis Allemands, et puis Juifs. Quel autre sentiment pouvait être le mien, ou celui de mon père, ou celui du grand-père de mon père ?  (p. 64)

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Je me rappelle encore une violente discussion entre mon père et un sioniste venu faire une collecte pour Israël. Mon père détestait le sionisme. L'idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après deux mille ans n'avait pas pour lui plus de sens que si les italiens revendiquaient l'Allemagne parce qu'elle avait été jadis occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu'à d'incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe. Et, de toute façon, qu'avait-il, lui, citoyen de Stuttgart, à avoir avec Jérusalem ?  (p. 65)

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Pour lui, le nazisme n'était qu'une maladie de peau sur un corps sain et le seul remède était de faire au patient quelques injections, de le garder au calme et de laisser la nature suivre son cours.   (p. 68)

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Ma mère était trop occupée pour se tracasser à propos des nazis, des communistes et autres déplaisants personnages, et si mon père ne doutait pas d'être allemand, ma mère, si possible, en doutait moins encore. Il ne lui venait simplement pas à l'esprit qu'un être humain ayant toute sa raison pût lui contester son droit de vivre et de mourir dans ce pays.  (p. 70)

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La tempête, qui avait commencé à souffler de l'est, atteignit la Souabe. Sa violence s'accrut jusqu'à la force d'une tornade et ne s'apaisa que quelque douze années plus tard lorsque Stuttgart fut aux trois quarts détruit, Ulm, la ville médiévale, un amas de décombres et Heilbronn une ruine où douze mille personnes avaient péri.   (p. 99)

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Le long et cruel processus du déracinement avait déjà commencé. Déjà les lumières qui m'avaient guidé allaient s'affaiblissant.  (p. 108)

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mercredi 3 janvier 2018

Mon père, ma mère et Sheila - Eric Romand


Mon père, ma mère et Sheila
 
Eric Romand



Bonjour à toutes et à tous,
 
Première chose : Bonne et heureuse année 2018 à tous les lecteurs et à toutes les lectrices de ce blog.

Mais reprenons le travail, avec le premier roman de l'année qui est un très court roman de la dernière rentrée littéraire : Mon père, ma mère et Sheila qui raconte les souvenirs d'enfance, dans les années 1970, de l'auteur.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Mon père, ma mère et Sheila
Auteur = Eric Romand
Edition - Collection = Stock
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Ce livre est l'album d'une famille, la mienne, issue d'un milieu populaire dans les années 70-80. Mon père, pas très grand, compensait les centimètres qui lui manquaient en sautant sur tout ce qui bouge et en customisant la calandre de sa Renault 12 avec des phares longue portée. Ma mère occupait sa solitude à briquer l'appartement en guettant par la fenêtre.

Moi qui dessinais des robes et coiffais les poupées de ma sœur, j'ajoutais au malaise en provoquant la fureur de l'un et la désolation de l'autre. Leurs regards braqués sur moi, je constatais, pétrifié de honte, que dans ces moments qui me valaient le surnom de Riquette, mes parents étaient unis. Heureusement, j'avais mon mange-disque et les émissions de Guy Lux. Je rêvais d'être Sheila, je rêvais d'être né ailleurs."

C. Mon avis sur le livre
Eric Romand nous livre avec ce premier livre une chronique de famille au vitriol, relativement bien écrite et agréable à lire, notamment grâce à sa mise en page aérée.

Cette chronique au vitriol, avec une légère pointe d'ironie drolatique, est vraiment typique de la famille que nul n'aimerait avoir, notamment avec le père violent. Cependant, les quelques évocations nostalgiques de vieilles émissions où Sheila apparaissait donneront certainement envie à des jeunes comme moi, qui n'ont pas connu ces émissions, d'en savoir un petit peu plus et donneront aux plus anciens le plaisir de se remémorer ces émissions de variétés.

Un court roman agréable à lire (à l'exception des quelques passages (rares cependant) sexuellement explicites)) emprunt d'une jolie nostalgie.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Mon grand-père ne voulait pas de ce mariage. Il avait déjà éloigné le premier flirt de ma mère en le pistant et en lui flanquant sans mot dire une bonne correction, afin de le dissuader à jamais de s'approcher d'elle. Il usait du même procédé avec les chiens qui entraient dans la cour de sa maison lorsque Belle, sa chienne, était en chaleur.  (p. 14)

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Fâché que l'aîné de ses petits-enfants ait un zizi, il n'est pas venu voir ma bobine à la clinique.  (p. 17)
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Leurs avis s'harmonisaient concernant le classique et l'opéra regroupés sous le terme de grande musique : tous trouvaient ça chiant.  (p. 19)

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Mon père m'appelait Riquette, en singeant mes attitudes, le petit doigt en l'air. Chacune de ses imitations me paralysait de honte et m'obligeait à me maîtrise jusqu'à ce que ni mouvement de tête, ni geste de la main ne lui fournissent l'occasion de m'affubler de ce surnom.  (p. 27)
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Désormais autorisé à me coucher plus tard, je découvrais, le dimanche soir, les émissions de Guy Lux. L'animateur présentait tous ses invités avec la même ferveur, mais celle qui allait devenir mon idole avait droit à un traitement particulier. Après un préambule qui provoquait aussitôt les clameurs du public, Guy Lux l'annonçait en une exclamation dont Sophie Darel se faisait l'écho. "SHEILAAA !"   (p. 36)

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Les déjeuners de la semaine se déroulaient devant Midi Première, émission de variétés présentée par Danièle Gilbert et souvent diffusée en direct de villes de province. Les artistes venaient y chanter leur dernier quarante-cinq tours en play-back. On les voyait arpenter les rues en manteau de fourrure, bousculés par les spectateurs dans une ambiance de foire. On devinait à l'image tout à coup trremblante le trébuchement d'un caméraman, à la bande son qui tardait à démarrer un câble malmené par la foule. Les artistes réagissaient plus ou moins bien à l'emballement inopiné du magnéto ou au bisou volé d'un fan agglutiné derrière la barrière de sécurité. Sheila, elle, continuait, en toutes circonstances, à chanter, tout sourires.   (pp 51-52)

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Le soir, c'est devant l'émission Les Jeux de 20 heures, instructive selon ma mère, que nous dînions. Aucun d'entre nous, ne participait aux épreuves de culture ni de vocabulaire, encore moins à la recherche de la phrase alambiquée de Maître Capello. Tous craignions de dire une bêtise. Nous regardions donc en silence les jeux de l'adjectif, du dico, et autre ping-pong verbal. Au ni oui ni non, lorsqu'un candidat prononçait un des mots interdits, mes parents s'exclamaient : "Quel con !".  (p. 53)

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Ma grand-mère détestait les cheveux transpirants de Johnny Hallyday. En revanche, elle aimait beaucoup la coiffure - longue mais bien peignée - de Michel Drucker qu'elle me conseillait de prendre pour modèle.  (p. 60)

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J'étais presque un homme et j'aimais bien parler chiffons. J'avais le cul entre deux chaises. (p. 63)
 
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Je pensais que Sheila, qui s'exprimait désormais dans la langue des Kool and The Gang, remporterait l'adhésion de mes copains et copines de collège. J'ai subrepticement tenté de placer Love me Baby dans une boum du samedi après-midi. Tous ont jugé ça nul. J'ai dit que le disque était à ma sœur.   (p. 71)

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C'est au Pénitencier que j'ai entendu dire que Sheila était une chanteuse à pédé. J'ai dissimulé tous ses disques dans mon armoire et acheté un trente-trois tours de Supertramp que j'ai exposé derrière la porte vitrée du meuble hi-fi.   (p. 85)

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Curieusement, ma mère me rappelait parfois que j'avais un père. Lui et moi n'étions ni fâchés ni en conflit : je n'y pensais pas, c'est tout.  (p. 85)

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"T'es de plus en plus blonde, chérie ! On dirait la Vartan !"
"Ma pauvre fille, tu fais du gras, c'est la ménopause !"
"Tu fais une gueule aujourd'hui ! T'as tes règles ou quoi ?"

La plupart de mes collègues coiffeurs se parlaient au féminin. Les voir débouler dans le réfectoire du salon, hyperinvestis dans leur imitation de Jeanne Mas ou Mylène Farmer, amusait beaucoup le clan hétéro de l'équipe. Mon autorité de manager justifiait que je coupe court :
"Trop de monde ici ! Il faut quelqu'un dans le salon pour accueillir les clientes !" J'ai appris plus tard qu'ils me surnommaient la Pointue.    (p. 93)

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dimanche 31 décembre 2017

Lectures de l'année 2017 : Top 15 et Flop 5


Année 2017 : Tops et flops
 
 

Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce 31 décembre, comme bon nombre de mes confrères et consœurs blogueurs et blogueuses, il est temps pour moi de vous faire part des mes divers coups de cœur et d'autres livres qui n'ont pas laissé un goût amer, mais disons plutôt un goût de trop peu...sur mes 53 lectures de l'année.

A. Mes coups de cœur  (Top 15)
 
3) Un escargot tout chaud d'Isabelle Mergault
 
 
 
 
 
 
4) Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable
 
 
 
 
 
 
5) Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea
 
 
 
   
 
 
6) Edmond Ganglion & fils de Joël Egloff
 
 
 
 
 
 
7) Mes dernières pensées sont pour vous de Philippe Bouvard
 
 
 
 
 
8) Marianne porte plainte de Fatou Diome
 
 
 
 
 
 
9) Je cherche l'Italie de Yannick Haenel
 
 
 
 
 
10) C'est le métier qui rentre de Sylvie Testud
 
 
 
 
 
11) Cent ans, c'est passé vite ! de Gisèle Casadesus
 
 
 
 
 
12) Une année pas comme les autres de Michel Drucker
 
 
 
 
 
13) La Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol
 
 
 
                            
 
 
14) Chroniques en Thalys d'Alex Vizorek
 
 
 
 
 
15) Excusez les fautes du copiste de Grégoire Polet
 
 
 
  
 
 
 
 
B. Mon classement Flop de l'année  (Flop 5)
 
Ce classement recouvre les livres que je considère comme les moins bons lus en 2017. Non pas qu'ils soient mauvais, mais ce sont des livres qui ne m'ont pas fait vibrer autant que ceux ci-dessus.
 
 
1) Le chant du départ de Michel Audiard
 
 
 
 
 
2) Les peaux rouges d'Emmanuel Brault
 
 
 
 
 
3) Une année particulière de Thomas Montasser
 
 
 
 
 
 
4) Survivre de Frederika Amalia Finkelstein
 
 
 
 
 
5) Ultime partie de Marc Dugain
 
 
 
 
 
Et voilà pour le bilan de lecture 2017 ! À l'année prochaine pour de nouvelles lectures que j'espère aussi palpitantes que celles de cette année !
 
Et merci pour votre fidélité puisque le blog a dépassé il y a quelques semaines les 10.000 vues d'articles  (10.449 à l'heure où j'écris l'article) !
 
Merci à vous !