vendredi 2 octobre 2015

Ressources inhumaines de Frédéric Viguier - Troisième livre de la rentrée littéraire


 
Troisième critique d'un roman de la rentrée littéraire
 
Ressources inhumaines de Frédéric Viguier



 
 Bonjour à toutes et tous,
 
Je vous reviens (enfin), avec une troisième critique d'un roman de la rentrée littéraire. Cette fois-ci, mon choix s'est porté sur un premier roman : celui de Frédéric Viguier, intitulé Ressources inhumaines. Au-delà de l'atmosphère que semblait présager la description des libraires, ce qui m'a attiré (par la suite), c'est le fait qu'aucun jury de prix littéraire ne l'ait retenu pour sa première sélection, ce qui avait plutôt attiré mon curiosité et attisé mon étonnement.
 
Caractéristiques du roman
 
Nom de l’œuvre : Ressources inhumaines
 
Auteur de l’œuvre : Frédéric Viguier 

Maison d'édition : Editions Albin Michel    
Date de première parution : 2015
 
Nombre de pages : 269 pages
 
Voici donc ma critique :
 
Dès le début du roman, Frédéric Viguier manie avec brio la description du travail dans ce grand hypermarché qui sera  le lieu des plus grandes manœuvres et des plus grands tirs dans les pattes entre collègues ainsi que la noire psychologie des employés et de la direction que nous suivrons dans ce magasin.
Dans la première partie du roman, le personnage principal est encore une petite stagiaire, qui ne semble, au départ, pas très motivée et qui est là parce qu’elle doit être là pour un stage professionnalisant. Mais très vite, cette petite jeune femme qui semble sympathique au premier abord, devient très vite (avant la 50ème page) un personnage dont l’ambition est absolument à toute épreuve et devient de plus en plus antipathique au fil des pages, car elle ressemble de plus en plus à s’y méprendre aux jeunes loups ambitieux qui pourraient tuer père et mère pour progresser dans la hiérarchie. En témoignent les scènes du début du roman où dès le premier jour, elle couche avec son chef de rayon dans sa voiture ou la scène où elle monte toute une combine contre une collègue pour se faire bien voir de la direction et, ainsi, avoir sa place. Il faut également ajouter qu’au fur et à mesure de cette première partie, cette jeune femme (passée responsable du rayon textile femme) se met tout le monde (et surtout la direction) dans la poche et apprend, au fur et à mesure, toutes les stratégies du monde de l’hypermarché, même les plus inimaginables.
Dans la deuxième partie, la jeune femme est devenue une femme de 40 ans, qui stagne dans son poste de responsable du rayon textile femme. Elle est l’amante de Gilbert, l’ancien responsable du rayon textile homme qu’elle voit de temps en temps, comme il a été muté à plusieurs centaines de kilomètres, dans un autre magasin du groupe. Mais l’arrivée d’un nouveau responsable de rayon, nommé « il », va tout remettre en question. En effet, alors qu’elle se confronte au renouvellement des méthodes managériales à cause de ce fameux « lui », nous commençons à entrevoir une faille psychologique chez la cheffe du secteur textile. Elle commence à se fragiliser et à être prise de paranoïa, allant jusqu’à imaginer que ce « il », devenu son amant, malgré son jeune âge, la manipule pour la faire virer, comme elle avait elle-même vingt ans plus tôt. Nous suivons donc cette déchéance psychologique jusqu’à son terme…jusqu’à un ultime rebondissement.
Critique :
Pour commencer cette critique, je reprendrai les trois adjectifs qui sont présents sur la quatrième de couverture pour décrire le roman, adjectifs que je ne peux que confirmer : implacable, glaçant et dérangeant.
En effet, ce roman qui nous plonge dans les arcanes les plus profondes du monde du travail en supermarché suscite assez souvent le malaise, voire la révolte, malgré le sentiment de vérité qu’il provoque, parce que ce monde du travail est résumé par diverses combines, par une ambition démesurée (qui ne change pas au fil des années) et par l’indifférence envers les dommages collatéraux qu’une telle ambition peut susciter. Cependant, l’auteur nous livre cette mise en scène, plutôt négative, avec une écriture tellement efficace, qui nous donne l’impression de s’y reconnaître, quel que soit le métier que nous exercions.
En clair, un très bon roman, peut-être un peu trop réaliste, et un peu trop à charge contre le monde du travail tel que nous le connaissons aujourd’hui (probablement la raison pour laquelle aucun jury de prix littéraire ne l’a retenu pour sa première sélection).
Enfin, pour clore, le résumé final de la critique : un réquisitoire violent contre le monde du travail mais écrit de manière tellement efficace qu’on n’en sort pas réellement indemne.
 
Note attribuée à ce roman : 15/20
 
 
 

dimanche 27 septembre 2015

Au théâtre, ce soir I : Le mariage de Mademoiselle Beulemans



Au théâtre, ce soir !
 
 
Le mariage de Mademoiselle Beulemans par Frantz Fonson et Fernand Wicheler
 
 
 
Ce soir, j'avais envie de vous parler d'une pièce de théâtre qui me tient à cœur, car j'adore les pièces en "brusseller", ce pièce au langage patoisant de Bruxelles, qui mélange le français avec quelques mots de flamand. Ces pièces font vraiment du bien, mais bien plus que par leur langage fleuri, ils contribuent à faire rire de par leurs situations quelque peu absurdes et par leurs personnages hauts en couleur. 
 
 
Deux pièces sortent leur épingle du jeu  et restent célèbres de nos jours en Belgique : Bossemans et Coppenolle de Paul Van Stalle et Joris d'Hanswyck  et Le mariage de Mademoiselle Beulemans de Frantz Fonson et Fernand Wicheler.
 
Je parlerai de la seconde, non pas parce que la première est moins intéressante que l'autre, bien au contraire, mais parce que le mois dernier, les Editions Espace Nord (éditions spécialisées dans la littérature francophone de Belgique pour ceux qui ne connaîtraient pas) ont eu l'excellente idée d'agrémenter leur collection du texte de la pièce Le Mariage de Mademoiselle Beulemans.
 
 
 
 
 
Résumé de la pièce :
 
La pièce Le Mariage de Mademoiselle Beulemans raconte l'histoire de la famille Beulemans, composée du père, Ferdinand, de la mère, Hortense et de leur fille Suzanne. Le père possède une entreprise de brasserie et est fournisseur unique de plusieurs marques de bière, si bien qu'il concourt pour devenir Président d'Honneur de la Société des Employés de Brasserie, mais cela ne fonctionne pas, car c'est son concurrent direct, nommé Hebbelinckx qui est nommé.
 
La fille, Suzanne est promise à un jeune homme qu'elle apprécie, mais qu'elle n'aime pas d'amour, nommé Séraphin Meulemeester, également issu d'une famille de brasseurs. Mais, aux côtés de Suzanne, il y a un employé français qui est arrivé dans la société depuis quelques mois, M. Albert Delpierre qui est venu apprendre le métier de la brasserie auprès de M. Beulemans. On peut vraiment dire que M. Beulemans et Séraphin ont pris Albert en grippe, à cause de ses "manières" de parisien et un langage qu'ils pensent être précieux, alors qu'il est tout simplement de "français de France". On devine très vite qu'Albert est amoureux de Suzanne, mais il cache ses sentiments à Suzanne.
 
 Tout se corse le jour du repas de fiançailles de Suzanne Beulemans et Séraphin Meulemeester : en effet, la bonne des Beulemans, prénommée Isabelle, apprend à Suzanne que Séraphin fréquente une lingère, prénommée Anna, et qu'il a un enfant d'elle, prénommé Séraphin, comme son père. Après quelques discussions et les aveux de Séraphin, l'ex-futur couple décide, d'un commun accord, de ne pas se marier, pour que Séraphin puisse se consacrer à sa relation avec Anna et à l'éducation de son fils. Cette situation provoque une brouille entre les deux familles (et surtout entre les deux pères) qui vont se retrouver très bientôt.
 
En effet, quelques jours plus tard, alors que le précédent concurrent de Ferdinand Beulemans, à la Société des Employés de brasserie, Hebbelinckx, vient de mourir, il faut élire un nouveau Président d'Honneur. Beulemans, qui se croit seul sur les rangs, croit être tranquille. C'est sans compter sur Séraphin qui, alors qu'il était anciennement le soutien de M. Beulemans, décide de présenter son père au poste de Président d'Honneur.

M. Beulemans a donc une double mauvaise nouvelle : non seulement, il a un concurrent direct (car, en plus de cela, M. Meulemeester est le candidat désigné du Comité exécutif de la société (candidat qui est quasiment toujours élu par la suite), mais il n'a plus aucun soutien.

C'est alors qu'Albert, qui a dévoilé ses sentiments à Suzanne, qui, désormais, les partage, maintenant qu'elle n'a plus de fiancé, décide de défendre M. Beulemans, ce qui semble être peine perdue, parce qu'il est assez mal vu dans la société. C'est sans compter sur une formidable plaidoirie que fera Albert, poussé par l'amour que lui porte Suzanne. Ce formidable discours finira par faire élire M. Beulemans comme Président d'Honneur et ce dernier accepte de donner la main de sa fille à Albert, sous les yeux du père de ce dernier.

Critique générale :

Cette pièce est vraiment idéale pour passer environ 2h30 de bonheur et de rire. J'avais vu, à la télévision belge, la version mise en scène de 2004, avec le génial comédien belge Daniel Hanssens dans le rôle de M. Beulemans et le comédien Damien Gillard dans le rôle d'Albert Delpierre. Cette pièce vaut surtout pour des dialogues pétillants qui restent dans les mémoires, comme les disputes de Ferdinand et Hortense, comme par exemple :

Alors qu'Hortense essaie de boutonner le col de chemise de Ferdinand, cela vire à la dispute :

Ferdinand : Hortense, le bouton de mon col est de nouveau sauté. Je suis sûr que c'est la boutonnière qui est déchirée.
Hortense : Mais non, c'est simplement défait. Vous devenez tellement gras ! Vous faites tout péter !
Ferdinand : Aïe ! Mais vous prenez la viande avec !
Hortense : Mais non, c'est juste votre pomme d'Adam !
Ferdinand : Pomme d'Adam ! Pomme d'Adam ! Vous êtes aussi habile de vos mains qu'un cochon de sa queue !
 

Mais tout le talent des comédiens concourt énormément au bonheur qu'on a à regarder cette pièce, car une autre version que j'avais vue l'an dernier avec d'autres comédiens m'avait amplement déçu.

Si certains veulent se faire une idée de ce que représente cette pièce, une diffusion (captation datant de cette année, au Théâtre Royal des Galeries de Bruxelles (en principe)) est prévue samedi soir prochain, pour nos amis belges, sur la Une, à 20H50 avec toujours Daniel Hanssens, dans le rôle de M. Beulemans.

A bientôt, pour un nouvel article de la rubrique, Au Théâtre, ce soir !



Photo de la troupe de la version 2004.

 


Lectures antérieures VI : La civilisation du spectacle de Mario Vargas Llosa


Lectures antérieures VI
 
 
La civilisation du spectacle de Mario Vargas Llosa
 
 
 
Au mois de juillet dernier, alors que je parcourais les rayons de la FNAC de Louvain-la-Neuve, je suis tombé sur ce livre, et la lecture de la quatrième de couverture m'a tout de suite séduit. En effet, je savais dès le départ qu'il faisait une critique de la "culture" contemporaine que j'ai parfois tendance à prendre à grippe (je le confesse). Je dois vraiment avouer que cet essai m'a tenu en haleine de bout en bout.
 
 
De prime abord, je dirai que ce livre est assez difficile à résumer, car les sujets y sont multiples, mais ils ont l’avantage de se rejoindre sur un point que l’on peut résumer ainsi : la société contemporaine a délaissé la « vraie » culture au profit du divertissement et de la « frivolité » (mot utilisé par le traducteur de Vargas Llosa (et peut-être par Vargas Llosa lui-même) à de multiples reprises dans le livre)..
Ce livre, malgré la difficulté que l'on peut avoir à le résumer, est finalement très intéressant. Il fait le constat d’une société qui aurait perdu les valeurs de la culture telle qu’elle devrait se concevoir et ce, au profit du divertissement, des starlettes de TV-show, par exemple. Vargas Llosa dresse, dans ce livre, un portrait au vitriol de nos sociétés contemporaines, portrait qui va, cependant, parfois, à mon goût, dans l’exagération (notamment quand il dit que la démocratisation de la culture est l’une des causes de ce déclin culturel). Cependant, l’auteur est très souvent juste dans sa critique.
Toutefois, un défaut notable de cet essai est le fait que l’auteur se disperse trop dans divers sujets, passant souvent de l’un à l’autre sans lien logique, même, quand on y réfléchit plus profondément, tous ces sujets sont centrés autour de ce « déclin culturel ».
Toutefois, j’ai trouvé cet essai excellent et je le recommande à tous ceux et à toutes celles qui, comme moi, sont des gens attachés à la culture sous toutes ses formes.
 
Note attribuée à l'essai : 17/20
 
 
 


Lectures antérieures V : Heureux comme Dieu en France de Marc Dugain



Lectures antérieures V
 
 
Heureux comme Dieu en France de Marc Dugain
 
 
 
 
Après avoir lu le roman l’Emprise que j’avais énormément apprécié, j’avais décidé de lire ce roman de Marc Dugain sur lequel j’étais tombé par hasard, m’attendant à un bon moment de lecture.
 
Cependant, malgré un très bon style et quelques réflexions bien senties sur la vie en général, j’ai trouvé que la première partie du roman était extrêmement banale : j’ai eu l’impression qu’il n’y avait rien de vraiment particulier, que l’on pourrait retrouver une telle histoire dans n’importe quel récit sur la Résistance (fiction ou non-fiction).
 
C’est aux environs des quarante dernières pages, lorsque l’auteur décrit la vie après-guerre de son personnage principal que j’ai commencé à vraiment apprécier le roman, car ce n’est qu’à partir de là que l’on retrouve quelque chose qui sort de l’ordinaire, mais c’est un peu tard.
 
Donc, en résumé, une légère déception, car c’est un bon roman, mais qui se révèle ne pas être à la hauteur d’autres romans du même auteur, à l’instar de L’Emprise.
 
 
Note attribuée à ce roman : 13/20
 
 
 


Lectures antérieures IV : L'Emprise de Marc Dugain


 
Lectures antérieures IV
 
 
L'Emprise de Marc Dugain
 
 
 
 
Il y a quelques mois, sortait le second livre de la trilogie politique de l'Emprise de l'auteur Marc Dugain. L'envie m'est donc venue tout naturellement de lire le premier des trois tomes (au titre éponyme), qui venait, en outre de sortir en format de poche.
 
Ce livre nous décrit les coulisses âpres d'une élection présidentielle, faites d'alliances (plus ou moins naturelles), de coups bas...
 
 
Critique :
 
 
Résumé : Philippe Launay souhaite se présenter à la prochaine élection présidentielle, mais le chemin est plus dur qu'on ne pourrait le croire. En effet, les embûches sont nombreuses, entre Lubiak, l'allié politique qui cherche tout de même à compromettre Launay pour prendre sa place, Corti, le chef corse des renseignements et même la propre femme de Launay, Faustine qui lui reproche d'être responsable d'un drame au sein de sa propre famille... D'un autre côté, Lorraine, journaliste, harassée entre un père indifférent à son égard et un fils "différent" que les autres (dont son propre père) souhaitent qu'il s'écarte de sa passion pour le vieux cinéma et le théâtre qui, selon eux, ne mèneront le jeune garçon à rien, qui doit mener une enquête sur un sous-marin coulé et espionner une entreprise chinoise, mais sera amenée à enquêter sur la mort (suicide ??) de la famille d'un haut responsable politique.
 
Critique : Quand j'ai commencé à le lire, je l'ai tout d'abord trouvé quelque peu fastidieux à lire, car Marc Dugain, dans le début de ce roman, accumule les formules politiques relativement absconses, mais au fil des pages, l'intrigue se clarifie, se libère et nous dévoile vraiment les rouages et les revers de médaille de la vie politique, entre alliances, coups bas, renseignements douteux...tout cela mêlé aux différentes affaires familiales qui ajoutent à la forte dramaturgie du roman.
 
Donc, en somme, un excellent roman (qui reste toutefois adressé à ceux qui sont intéressés par le monde de la politique) qui mêle une forte dramaturgie à une écriture qui se révèle de plus en plus efficace au fil des pages. Je conseille vivement la lecture de ce livre.


Note attribuée à ce roman : 17/20