jeudi 15 décembre 2016

Petit pays - Gaël Faye



Petit Pays
 
Gaël Faye




Bonjour à toutes et à tous,
 
À une semaine de Noël et quatre mois après sa sortie, je vous livre ENFIN mon avis sur le livre multi-primé et unanimement apprécié par le public, en somme peut-être le meilleur livre de cette rentrée littéraire : Petit Pays de Gaël Faye qui fait mouche pour un premier roman.
 
  
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Petit pays
Auteur = Gaël Faye
Edition - Collection = Editions Grasset
Date de première parution =  2016
Nombre de pages =  207 pages


Note pour l'essai = 17/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie s'est disloquée en même temps que son "petit pays", le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire.

Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur...L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.
 
C. Mon avis sur le roman
   
J'avais acheté ce livre au mois de septembre lors de sa sortie, sans connaître le déferlement de prix qu'il allait recevoir (à juste titre d'ailleurs).

Ce livre est tout simplement le livre le mieux écrit que j'ai lu depuis longtemps. Gaël Faye a l'art, dans sa prose, de nous conter les évènements tragiques du Rwanda et du Burundi sans jamais tomber dans le pathos ni dans la complainte. De plus, on sent bien l'évolution du personnage qui se fait de manière simultanée avec l'évolution de l'écriture qui se fait plus grave mais aussi plus mature au fil des pages et des évènements de la vie du petit "Gaby".

Autre point positif : l'auteur place l'ellipse juste au bon moment, pour ne pas tomber dans la facilité, en éludant les massacres, ce qui, pour les âmes sensibles est un point extrêmement positif.

En somme, un livre formidablement écrit, qui, malgré son sujet extrêmement grave, évite les écueils de la violence qui se prêterait à ce genre de sujet et garde une écriture poétique d'un bout à l'autre du roman.

Seul petit bémol : ce premier roman est tellement formidable que si Gaël Faye envisage d'en écrire un deuxième, ce sera difficile de faire mieux.

Un livre dont je conseille vraiment la lecture à tout le monde.
 
D. Quelques bons passages de l'essai
 
Il m'obsède ce retour. Pas un jour sans que le pays se rappelle à moi. Un bruit furtif, une odeur diffuse, une lumière d'après-midi, un geste, un silence parfois, suffisent à réveiller le souvenir de l'enfance. "Tu n'y trouveras rien, à part des fantômes et un tas de ruines.", ne cesse de me répéter Ana, qui ne veut plus jamais entendre parler de ce "pays maudit". (p. 13)
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La poésie n'est pas de l'information. Pourtant, c'est la seule chose qu'un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elle disent le réel, pas la vérité. (p. 16) 
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Le bonheur, ça t'évite de réfléchir.  (p. 19)
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Les blancs auront réussi leur plan machiavélique. Ils nous ont refilé leur Dieu, leur langue, leur démocratie. Aujourd'hui, on va se faire soigner chez eux et on envoie nos enfants étudier dans leurs écoles. Les nègres sont tous fous et foutus. (p. 88)
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Les Burundais avaient conscience de l'importance du moment, de la nouvelle ère qui s'ouvrait. Cette élection mettait fin au parti unique et aux coups d'État. Chacun était enfin libre de choisir son représentant. (p. 94)
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Un spectre lugubre s'invitait à intervalle régulier pour rappeler aux hommes que la paix n'est qu'un court intervalle entre deux guerres. Cette lave venimeuse, ce flot épais de sang était de nouveau prêt à remonter à la surface. Nous ne le savions pas encore, mais l'heure du brasier venait de sonner, la nuit allait lâcher sa horde de hyènes et de lycaons. (p. 115)
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Ce pays était fait de chuchotements et d'énigmes. Il y avait des fractures invisibles, des soupirs, des regards que je ne comprenais pas.  (p. 124)
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Cet après-midi-là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre. Ce camp, tel un prénom qu'on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu ou tutsi. C'était soit l'un soit l'autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j'ai alors commencé à comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les manières qui m'échappaient depuis toujours. 

La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.  (p. 133)
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Nous avons peu de chances de nous en sortir, cette fois-ci. Ils nous haïssent trop. Ils veulent en finir une bonne fois pour toutes. Cela fait trente ans qu'ils parlent de nous supprimer. C'est l'heure pour eux de mettre leur projet à exécution. Il n'y a plus de pitié dans leurs cœurs. Nous sommes déjà sous terre. Nous serons les derniers Tutsi. Après nous, je vous en supplie, inventez un nouveau pays. Je dois te laisser. (p. 161)

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Chaque jour, la liste des morts s'allongeait, le Rwanda était devenu un immense terrain de chasse dans lequel le Tutsi était le gibier. Un humain coupable d'être né, coupable d'être. Une vermine aux yeux des tueurs, un cancrelat qu'il fallait écraser.  (pp. 162)

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Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis.  (p. 169)
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Grâce à mes lectures, j'avais aboli les limites de l'impasse, je respirais à nouveau, le monde s'étendait plus loin des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs.   (p. 170)
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Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie.  (p. 185)

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On apprivoisait l'idée de mourir à tout instant. La mort n'est plus une chose lointaine et abstraite. Elle avait le visage banal du quotidien. Vivre avec cette lucidité terminait de saccager la part d'enfance en soi.  (p. 196)

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