vendredi 3 juin 2016

Retour à Domme - Françoise Houdart

 
 
Retour à Domme
 
Françoise Houdart




Bonjour à toutes et à tous.
 
Mon premier billet de ce mois de juin, concernera un roman belge, le dernier roman de Mme Françoise Houdart, intitulé Retour à Domme, que j'ai reçu dans le cadre du concours Masse Critique du réseau social de lecteurs Babelio.
 

A. Caractéristiques de l'essai


Titre =  Retour à Domme

Auteur =  Françoise Houdart

Edition - Collection = Editions Luce Wilquin

Date de première parution = 2016

Nombre de pages =  163 pages

Ma note pour le livre = 
16/20

 
 
B. Petit mot sur l'auteur

Traductrice de formation et enseignante, poète, nouvelliste et romancière, Françoise Houdart tente, à travers l’écriture, d’explorer les chemins entre réalité, vraisemblance et fantasmes où marchent, se perdent, se trouvent, s’aiment ou se débattent des personnages qui nous ressemblent.
 
Son œuvre romanesque comprend à ce jour seize titres, tous publiés par les Éditions Luce Wilquin. Le Prix triennal de Littérature Charles Plisnier, attribué en 2014 au roman Les profonds chemins, est venu enrichir un palmarès déjà prestigieux. L’auteur déploie aussi de multiples activités dans les bibliothèques et les écoles.


C. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
« Tu me crois, n’est-ce pas, Oscar, quand je te dis que le petit rouge-gorge n’est pas mort ? » L’enfant avait juré. Il avait assuré qu’il la croyait, Mamie, sa grand-mère adorée ; mais il mentait. Ils mentaient tous les deux, consciemment et par amour. Et c’est à cause de ce mensonge d’amour qu’il se retrouve, Oscar, des années plus tard, dans un village du Sud-Ouest, entraîné malgré lui dans une histoire où ses joies et ses peurs d’enfance se confrontent à l’inquiétant Coulobre de la Dordogne, aux secrets de la vie de Mamie et aux risques qu’il encourt à poursuivre l’oiseau jusqu’aux remparts de Domme.
 

D. Mon avis sur le roman
 
Dans ce roman, Françoise Houdart nous emmène en Dordogne, mais dans une Dordogne où le temps semble s'être arrêté il y a 50 ans ou 60 ans, grâce à une écriture qui fait la part belle à la description de paysages luxuriants, où se mêlent vieilles pierres, bâtisses rongées par le temps et vieux habitants (nommés Jeanloup et Emilia) ne possédant que le téléphone. Un coin de Dordogne qui semble échapper à toute modernité, comme il en existe encore tant et qui font tant de bien, et pas qu'aux amateurs de nostalgie.
 
De plus, au fur et à mesure que le roman avance, une autre intrigue qui ne laisse plus de place au hasard, contrairement à ce que peut faire croire le début du roman, se met en place, également pour notre plus grand bonheur, car les paysages luxuriants ne sont pas suffisants pour faire un bon récit. En effet, comme une sorte d'effet-miroir, Oscar, le héros, se met en quête d'un bijou de sa grand-mère adorée, qui a la forme d'un rouge-gorge, semblable à celui qui s'est écrasé sur la baie vitrée de sa grand-mère quand il était enfant, comme il est raconté en début de roman. Cette enquête deviendra une vraie course contre le temps. Je n'en dévoilerai rien pour laisser le plaisir au lecteur de la découvrir, mais elle est tout simplement passionnante et offre un dénouement pour le moins inattendu. 
 
En résumé, ce roman est un bon roman, que je recommande franchement, en particulier à ceux qui ont envie de s'évader vers un coin oublié par le temps et également à ceux qui sont avides de mystères et récits de famille.
 
 
E. Quelques bons passages du roman
 
Oscar regarde autour de lui : où est-il ? Que fait-il ainsi recroquevillé sur le côté de la route à deux mètres de sa voiture ? Pourquoi a-t-il brusquement quitté son véhicule en laissant grand ouverte la portière côté chauffeur ? Une route déserte, pense-t-il, dans ce no man's land  entre deux nowhere N'aurait-il pas remarqué un panneau signalant l'interdiction formelle d'emprunter cette route ? Zone militaire ultra prohibée ? Zone d'expérimentations scientifiques ? Mais alors, les champs de blé ?... Et les immenses pâturages qui coulent vers le creux de la combe ? Et le bois palpitant d'ailes et de furtifs remuements ? (pp. 9-10)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Un après-midi d'été, il y a trente ans. Il est si petit encore, Oscar, quatre ou cinq ans, pas plus. Il est assis à côté de Mamie dans le fauteuil en osier de la véranda. La voix de sa grand-mère lui parvient encore, adoucie, filtrée par les couches sédimentaires de la vie en allée, la vie qui a emporté Mamie, il y a quelques années déjà, dans son irrépressible courant vers l'aval et, avec elle, un peu de la joie des vacances [...] Oscar connaît par cœur le livre que Mamie lit et relit, sans jamais s'en lasser, l'histoire de Boucle d'Or et des trois ours. Curieuse lecture, en vérité, car Mamie s'arrête par moments au beau milieu d'une phrase et c'est lui, Oscar, qui complète la lecture. Il n'hésite jamais. Il sait d'instinct le sens et le non-sens. Il pose ses mots dans les espaces vides, les silences de la phrase lacunaire, avec la justesse et le sérieux d'un orfèvre qui sertit une pierre rare et précieuse dans la cavité qui l'épousera. Ainsi joue-t-il avec les mots, ce curieux petit garçon à la mémoire vive, cet enfant unique qui envoie chaque année, au retour du printemps, une lettre à la cigogne pour lui passer commande d'une petite sœur. (pp. 12-13)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Oscar se fige. Il observe gravement les gestes de Mamie tandis qu'elle recueille le petit corps sans vie du rouge-gorge dont la tête pendouille vers l'arrière. Nuque rompue. Vol brisé. Intolérable réalité.  (p. 13)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Mais ce lieu ne le connaît-il pas d'ancienne mémoire ? Ne l'a-t-il toujours pas connu, avec ses sentiers rebrodés de bruyères mauves et ses vieux prunelliers fourmillant d'insectes assoiffés ? Ce puits asséché qu'une lourde glycine enserre dans le treillage de ses rameaux, cette auge de pierre reconvertie en bac à fleurs, ces trois poules curieuses qui passent leur tête hirsute par les trous du grillage d'un petit poulailler...N'a-t-il pas cent fois posé le doigt sur leur image dans les livres d'enfance que Mamie lui lisait dans la véranda ? C'est donc bien ici que tu voulais que je vienne, se surprend-t-il à murmurer, tandis qu'une femme apparaît sur le seuil de la maison aux châssis bleus. (p. 20)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Comment imaginer que des habitants puissent vivre derrière des façades aveugles dans un décor à couper le souffle, parfois ? Des cartes postales empoussiérées...   (p. 33)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Les pierres sont les alliées du temps, pense-t-elle avec émotion. Même brisées, incendiées, renversées, elle résistent aux guerres du ciel, à celles des hommes. (p. 65)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
"C'est mon pays, ça, Oscar. C'est ma jeunesse. Le moche, je ne le vois pas. Il n'est pas dans mes souvenirs. C'est ici que j'ai grandi, tu vois, dans ce décor. [...] Et puis, sans voiture...Je pense parfois qu'on est devenus des prisonniers en liberté. Des reclus sans bracelet électronique. Prisonniers de nous-mêmes."  (p. 51)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
L'endroit est sauvage et charmant. La maison du meunier et le moulin abandonnés aux libres extravagances de la nature offrent la singulière vision d'un délire réconfortant. Un jeune châtaignier émerge du toit de l'habitation par une brèche qu'il s'est ouverte en poussant de la tête entre les fermes de la charpente. Bientôt, la forêt aura réinstallé ici son biotope, rongeant le ciment entre les pierres, ingérant le bois des châssis et des portes, émiettant les vitres sous des couches de mousse et de terreau de feuilles. Ensuite, arriveront les rampantes, les grimpantes, les sarmenteuses, les volubiles qui enrouleront leurs longues tiges et leurs stolons autour du moyeu de la roue et entre les aubes, posant ainsi sur le front de la ruine luxuriante une couronne de fleurs éphémères, de baies et de mûrons.  (p. 105)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Les femmes d'ici [...] elles n'ont nul besoin d'écouter les prévisions météorologiques à la radio. Les femmes d'ici, les vieilles femmes, elles ont appris à lire le ciel avant d'apprendre à lire dans les livres. Elles en savent les humeurs, les colères, rien qu'en suivant des yeux le vol des oiseaux et les figures des nuages. Les femmes d'ici, elles observent les plantes du jardin et les bestioles qui circulent dans les coins sombres de la maison. Elles plongent la main dans les premières coulées de lumière du matin et elles savent - mystère ! - que la grande lessive séchera au soleil revenu pour midi. (p. 110)