samedi 8 octobre 2016

Moi, Présidente - Gérard Mordillat

 
Moi, Présidente
 
Gérard Mordillat




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce samedi ensoleillé, je vous livre mon avis sur un nouveau livre de la rentrée littéraire : un tout petit livre de Gérard Mordillat, intitulé Moi, présidente. Il nous raconte, à travers les yeux d'un "journaliste", totalement hypnotisé, le quotidien et les décisions (à l'emporte-pièce) d'une nouvelle Présidente qui est non seulement vulgaire, gouailleuse mais aussi raciste et inconsciente.
 
 
  
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Moi, Présidente
Auteur = Gérard Mordillat   
Edition - Collection = Editions Autrement
Date de première parution =  2016
Nombre de pages =  101 pages


Note pour le roman = 18/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Avis de tempête à l'Elysée. Le nouvelle Présidente, héroïque, cinglante, dévoile ses plus brillantes mesures : rétablissement de l'esclavage pour supprimer le chômage, polygamie obligatoire pour combattre la crise du logement, levée d'une croisade pour exiler les SDF, les pauvres et les désœuvrés, etc.
Son credo ? "Purger la France de toute la racaille." Ses ministres du Racisme Efficace et de la Précarité Raisonnable applaudissent. Mais la révolte gronde.
Une farce réjouissante aux accents de cauchemar : et si c'était pour demain ?
 
C. Mon avis sur le roman
   

Cette sotie de Gérard Mordillat est tout simplement sublime.
Il nous dépeint, avec une grande dose d'humour et une ironie mordante, une présidente comme aucun pays ne voudrait en avoir : une sorte de dictateur en jupons, raciste, gouailleuse, vulgaire, ne supportant pas la critique et la contradiction, aux idées à l'emporte-pièces (rétablissement de l'esclavage, suppression pure et simple du chômage sans contrepartie ou encore mariage obligatoire pour tous) et même, disons-le, carrément idiote.

De plus, la personnalité de cette Présidente indésirable est agrémentée de "seconds rôles" tout aussi croustillants et qui constituent une sacrée armée de lèche-bottes : entre le compagnon qui n'a rien d'autre à faire que "ses mots croisés en faisant caca", le "Socialiste de la Présidente" qui s'est mis au service de cette dernière, les Ministres de "la Propagande" et du "Racisme ordinaire" et surtout l'équipe de "journalistes" de TV près de chez vous qui est une sorte de télévision nationale aux bottes de la Présidente qui dit amen à tout ce qu'elle dit, la couvre d'éloges (même lorsque la situation ne s'y prêterait pas pour quelqu'un d'ordinaire) et diffusant des publicités à la limite de la propagande.

Tous ces personnages et le style inimitable de Gérard Mordillat font de ce très court livre un véritable chef-d'oeuvre que je conseille absolument.

Seul petit bémol : la fin du livre qui m'a laissé un petit peu sur ma faim, car les choses commencent à tourner vinaigre mais l'auteur ne fait qu'une ébauche de ce retournement de situation sans aller au bout.
 
D. Quelques bons passages du roman
 
Je veux purger la France de toute cette merde noire, jaune, basanée qui traîne sur les trottoirs." La Présidente ricane comme seule la hyène et la Présidente savent ricaner. Elle ricane qu'elle veut nettoyer le pays de toute la racaille de l'Est, les Roms, les Tchétchènes, les Polacks, enfin tous ces cons au nom impossible à prononcer. [...] La Présidente sait toujours trouver les mots qui font mouche. Les mots pour se faire comprendre des crétins des Alpes et des goitreux des montagnes     (pp. 9-10)
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"Vous voulez vraiment couler notre porte-avions ?" "Bédame ! Qu'est-ce que ça peut foutre ? Il ne marche jamais. Si c'est pas l'hélice qui foire, c'est la formatique qui fuit ou le capitaine qui se viande sur un caillou. Réfléchis un peu, crâne de piaf, si je le coule, qu'est-ce que je fais ? Je débarrasse le budget d'un sacré poids et le paysage de tous ceux qui font tache. Si le sous-marin pouvait couler par la même occasion, ce serait la cerise sur le gâteau ! Imagine combien d'emplois on peut créer en reconstruisant un porte-avions et un sous-marin ? Mon Patron des Patrons pourrait me baiser les mains et mettre du beurre dans les épinards de ses actionnaires !"   (pp. 17-18)
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C'est dégoûtant de dire ça ! J'ai jamais été de gauche ! "T'as voté socialiste !" "C'est bien la preuve que je ne suis pas de gauche"  (p. 26) 
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(la Présidente) : Le chômage existe parce qu'il y a huit ou dix millions de pékins qui s'y inscrivent et touchent des indemnités tous les mois. Huit ou dix millions de personnes qui créent le chômage, qui l'entretiennent comme une maladie de longue durée. Le chômage, c'est eux. Ce sont les chômeurs qui sont responsables de la prolifération cancéreuse du chômage. Demandez à mon Patron des Patrons, il vous le dira ! Les métastases c'est l'inscription, le cancer l'indemnisation ! (p. 39)
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Je vais supprimer le chômage, ça c'est révolutionnaire. Ne dites pas le contraire : Hitler, Staline, Mao l'ont fait avant moi ! Et il n'y a pas que ça. Les paumés qui se plaignent de ne jamais bouger leurs culs du trou où ils vivent, je vais les faire voyager mieux qu'en autocar du troisième âge et tout le monde sera content.  (p. 44)
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Je profite de ce moment de convivialité pour demander à la Présidente si elle veut bien nous révéler en avant-première dans les grandes lignes de ce qu'elle va annoncer ce soir dans son émission quotidienne à 20 heures. Très simple, très peuple. Elle accepte sans se faire prier. "Ca enregistre ?" "Oui, madamde la Présidente, ça tourner, à vous !" "Je vais dire, comme tous les soirs, que tout va très bien madame la Marquise et même de mieux en mieux sous ma présidence chabadabada chabadabada ploum ploum ploum. Je suis à la manœuvre, aux commandes, sur tous les fronts. Et ils me croiront et ron et ron petit patapon.
Les Français ne sont pas des veaux, ce sont des cons. Les veaux, au moins, ils comprennent quand on les emmène à l'abattoir. Ils se débattent, ils meuglent, ils chient partout. Les Français non seulement ne comprennent rien à rien mais en plus ils en redemandent ! Ce qui ne les empêche pas de chier partout et ils sont toujours dans la merde. Et moi, qu'est-ce que je fais ? Je ramasse et je les torche à mains nues, je les fesse cul nu jusqu'à ce qu'ils chantent Alléluia !" (p. 53)
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"Et si ça pète quand même ?" La Présidente saisit la remarque comme un joueur de frisbee et lance sa réponse d'un seul et même mouvement : "S'ils veulent jouer aux cons et descendre dans la rue, ils peuvent numéroter leurs abattis. J'envoie les tanks et les bulldozers. Je fais tirer dans le tas. Attaque à outrance, machine à secouer le paletot en batterie, balles dum-dum à volonté, taser dans les couilles, flash-ball dans la gueule.
Bien d'autres l'ont fait avant moi et on leur dresse des statues. Alors, pas d'hésitation, feu à volonté sur la racaille et la populace ! Après, je n'ai plus qu'à aller chialer devant les innocentes victimes pour voir grimper ma cote de popularité et faire sonner les cloches de Notre-Dame. (pp. 55-56)
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"Je vais karchériser tous les beaux esprits qui me prennent pour une conne et qui n'aiment pas les connes ! Moi, j'aime les cons et j'aime les connes. D'abord parce qu'ils ont raison : je suis une conne. Ensuite, parce que nous sommes nombreux. Il y a une majorité de cons dans ce pays, la preuve : ils m'ont élue comme Présidente ! Parce que moi, je ne suis pas la moitié d'une conne, je suis une conne entière. Une vraie conne. Pas une ébauche de conne, une conne finie ! Mais je suis une conne qui a le pouvoir ! Et aussi conne que je sois, je vais les forcer à me lécher les pieds, à me sucer la pomme et plus si affinités. (p. 64)
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Je supprime définitivement l'Éducation nationale - tous des emmerdeurs - et, dans cinq ans, tous les petits Français parleront anglais ! Enfin, tous les petits Français qui auront les moyens parleront anglais. Parce que c'est fini de payer pour des imbéciles qui merdent à l'école, les z'en-échec-colaire, les zones prioritaires d'éducation, faudra casquer pour apprendre ! Les autres, les rejetons des traîne-misère ou des crève-la-faim, ils feront apprentis dans le technique ou chômeurs de père en fils, même si je supprime le chômage. De toute façon, ils ne sont bons qu'à ça et à donner leur vie pour la Patrie si l'envie me prend d'aller foutre sur la gueule des bronzés ou de ceux qui ne sont pas comme nous. Si ça c'est pas de la réforme, je me demande ce que c'est !" (pp. 70-71)
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"Comme dit mon Actuel : le peuple réclame du SS, du stupre et du spirituel ! Je ne sais pas très bien ce qu'il veut dire, n'empêche que c'est sacrément balancé." (p. 85)
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Qu'est-ce qui fout le bordel dans le pays ? Les feignasses qui ne veulent pas travailler, qui veulent être payées à se dorer la pilule et pou(r)voir (coquille) glander comme s'il n'y avait pas mieux à faire pour que leurs patrons se fassent du fric. Là, je vais vous dire quelque chose qui va encore me valoir des copains. Mais comme disait un vérolé dans Ma Télévision Officielle, "De l'audace ! Encore de l'audace ! Toujours de l'audace !" Si on veut se sortir par le haut de la crise de merde qui nous bouffe les couilles, qu'est-ce qu'il faut faire ?" [...] Pour sortir de la merde où nous sommes, il faut rétablir l'esclavage. (pp. 88-89)
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L'orgasme, c'est un luxe pour les riches, les pauvre n'ont pas besoin de ça, dégorger le poireau leur suffit. Plus de stress pour la femelle, plus besoin de faire semblant. Une saillie annuelle, et hop, le polichinelle est dans le tiroir, histoire de renouveler le personnel quand les vieux seront hors d'usage. (p. 90)
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VOUS AVEZ DU MAL À BOUCLER VOS FINS DE MOIS ? VOUS ÊTES À DÉCOUVERT DÈS LE VINGT DU MOIS ? VOUS NE SAVEZ PLUS QUE FAIRE POUR RÉPONDRE AUX QUESTIONS DE VOTRE FAMILLE ? UNE SOLUTION SIMPLE, EFFICACE ET PERFORMANTE POUR TOUS ET POUR TOUTES : LA DIÈTE (p. 92)
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mardi 4 octobre 2016

Violence du moyen - Arnaud Roustan



Violence du moyen
 
Arnaud Roustan



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vais vous présenter un nouveau roman de la rentrée littéraire dont la sortie était plutôt discrète et je comprends pourquoi, parce qu'il faut le cœur bien accroché pour supporter cette prose, surtout en ce qui concerne le fond.
  
 
A. Caractéristiques de l'essai

Titre =  Violence du moyen
Auteur = Arnaud Roustan
Edition - Collection = Editions L'Age d'homme
Date de première parution = 2016
Nombre de pages =  230 pages


Note pour le roman = 9/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Au Bureau des Lettres Anonymes où il travaille, Aymeric se lie d'amitié avec Sébastien, l'un de ses clients. Au cœur de leurs échanges, la lassitude d'une vie moyenne, de cette époque hystérique et inconséquente où - ni victimes, ni héros - ils essaient de trouver leur place. Deux balles perdues au milieu d'une galerie de portraits, qui choisissent de danser sur les ruines avec un désespoir hilare.
 
C. Mon avis sur l'essai
   

Je vais être franc...Ce livre m'est complètement tombé de mains alors que je n'en étais qu'à la moitié. Certes, on peut vanter le style d'écriture d'Arnaud Roustan, fluide, qui nous permet une lecture plutôt rapide et une excellente idée de départ avec ce Bureau des Lettres Anonymes et le fait d'insérer ces lettres en alternance avec un récit suivi.
Mais ce qui m'a freiné dans ma lecture, c'est le fond où s'accumulent toutes les horreurs que l'on peut connaître dans la vie humaine (de plus, celles-ci sont écrites de manière assez crue) : le viol, les idées de meurtres, les idées peu ragoutantes sur le plan sexuel...et j'en passe
Alors de deux choses l'une : ou vous avez le cœur bien accroché et vous pouvez vous atteler à cette lecture ou vous êtes une petite nature comme moi et je vous conseillerais de ne même pas l'ouvrir.