lundi 18 décembre 2017

Chronique d'une fin de règne - Patrick Rambaud


Chronique d'une fin de règne
 
Patrick Rambaud



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre au vitriol qui nous remet en mémoire les divers évènements (heureux comme malheureux, drôles comme tristes, voire ridicules parfois) qui se sont déroulés durant la dernière partie du quinquennat (ou du "règne") de François Hollande, septième livre du genre écrit par Patrick Rambaud, déjà auteur de cinq chroniques similaires sur le "règne" de Nicolas Sarkozy et d'une chronique sur le "règne" de François Hollande, alias François-le-Petit.

Je vous présente donc le livre Chronique d'une fin de règne de Patrick Rambaud.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Chronique d'une fin de règne
Auteur = Patrick Rambaud
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Rien ne va plus au royaume de France : le duc d'Evry bouillonne, Nicolas le Flambard ne s'est jamais résolu à la perte du Trône, le duc de Cherbourg recherche un dangereux Abdelkader Youssouf Cruchon, mademoiselle de Montretout se cache et ne montre plus ses dents... 2016, année difficile.

Entre House of Cards et Game of Thrones, il nous reste la chronique facétieuse, hilarante, terrible, d'un règne qu'on espère vite oublier. C'est compter sans le talent de Patrick Rambaud. Rire ? Oui, mais de tout, Majesté !

C. Mon avis sur le livre
J'avais adoré la chronique précédente  (François-le-Petit. Chronique d'un règne) qui relatait le début du "règne" de François Hollande, alias François-le-Petit. Un écrit au vitriol, avec une ironie persistante et un humour grinçant qui couraient tout au long des pages.

Je suis un petit plus déçu de ce nouvel opus qui relate les évènements qui se sont déroulés entre début 2015 et début 2017 (les attentats, l'état d'urgence, le Brexit, les élections de Trump et de Morales, les brouilles au FN, la primaire de la droite, la défection de François Hollande...). Certes l'ironie est toujours présente (en témoignent les divers surnoms donnés aux hommes et femmes politiques ou encore certaines phrases bien tournées qui pourraient faire valoir des ennuis à n'importe qui) mais l'humour grinçant a, me semble-t-il, quelque peu disparu de cet opus. En effet, en lisant l'opus précédent, j'étais très souvent plié en deux de rire...cette fois-ci, ce n'est pas le cas (peut-être les évènements relatés (notamment les divers attentats qui ont endeuillé la France) sont-ils responsables du manque de drôlerie de cette nouvelle chronique).

Néanmoins, l'ironie toujours présente nous permet de passer tout de même un très bon moment de lecture...En espérant que Patrick Rambaud puisse écrire une nouvelle chronique sur le début de règne de M. Macron.

PS : Voici le lien vers l'avis que j'avais donné à propos du dernier opus, intitulé François le Petit. Chronique d'un règne :

https://leslecturesduprofesseurdan.blogspot.be/2016/02/francois-le-petit-chronique-dun-regne.html 

 
D. Quelques bons passages du livre
 
C'était de la parlote mais le souverain espérait l'emporter en notoriété par son allure stoïque et compatissante à la fois. Il se sentait ragaillardi par les malheurs collectifs. Il tenait enfin un rôle à sa mesure, jouait de son embonpoint rassurant d'employé modèle, tournait d'une voix monocorde de fiers laïus dont il ne restait point une seule phrase qui ne fût convenue. En réalité, il prenait le vent; il lui suffisait de profiter des courants ascendants pout planer, mais comme un passereau, plutôt que comme un aigle. Ses mots s'effaçaient, aussitôt prononcés.  (p. 18)

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Les attentats des barbaresques avaient revigoré François-le-Mollasson. Dans pareille circonstance il avait poussé devant sa détermination, laquelle redonna à son portrait des couleurs plus franches et moins lavasses. On vit le mercure dans son baromètre politique monter en une seule fois de vingt et un points. Son peuple le jugeait soudain capable de prendre des décisions, ce qui était parfaitement neuf.  (p. 28)
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Nous étions arrivés sans y prendre garde dans l'Âges des Victimes qui suivaient immédiatement l'Âge de Pierre et l'Âge des Ténèbres. François-le-Larmoyant en était l'une des principales figures. Tout était bon pour un hommage. (p. 44)

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Comme pour les terroristes, ses voisins et ses proches (cf. ceux d'Andreas Lubitz, le pilote fou de la Lufthansa)  le décrivent sympathie, poli et drôle. S'il avait porté un nom arabe, les gazettes l'auraient qualifié d'islamiste. (p. 47)
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Le duc d'Evry, d'abord, c'était un style. Il employait dans ses textes des mots fort exagérés pour tenir l'attention et affirmer sa dureté . Quand il parlait d'islamo-fascisme, il frappa les esprits faibles par référence; l'islamisme radical en usage était trop tiède à son goût; radical évoquait les banquets méridionaux d'avant-guerre, des messieurs à gros bedons aux gilets déboutonnés et aux teints cramoisis, goguenards, le verre en main, sympathique en somme. Quand il parla d'apartheid à propos de nos banlieues sacrifiées, il espérait choquer et il y parvint. (pp. 52-53)

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Nicolas-le-Mauvais ne s'était jamais résolu à la perte du Trône. Dans sa tête et dans ses mœurs, il régnait toujours et entendait maintenir un protocole à son usage personnel. La réalité le contrariait mais il voulait maintenir son rang. Chef de parti, voilà ce qu'il était devenu aux yeux des malveillants, et lorsque son homologue du Parti social voulut l'inviter à participer à la marche des chefs d'Etat, près du métro Voltaire, il ne daigna pas lui répondre; il fallut que le duc d'Evry lui-même s'en chargeât. Il boudait.  (p. 55)

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Nombreux étaient ceux qui ne croyaient pas un mot de ce revirement. En privé, un des dignitaires du Parti Impérial confia : "Il n'a pas changé. C'est Hibernatus. Vous le mettez dans la glace, vous le sortez deux ans plus tard : c'est le même !" Cependant, Nicolas-le-Sanctifié n'en démordait pas. Il n'était plus autoritaire comme avant, il ne songeait même plus à écraser ses adversaires, le répétait, mais cela lui permettait en douce de les dévoiler...L'ancien monarque adoptait la posture du vieux sage et retenait ses tics nerveux. Il n'était plus impatient, ne voulait qu'apaiser les querelles, écoutait en silence les réunions les plus barbantes, mais souriait et regardait souvent sa montre de prix; puis il remerciait les orateurs dont il avait peu suivi le raisonnement. de temps à autre, une phrase lui échappait : "Pour une fois on ne s'est pas trop emmerdés..." (p. 57)

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Hélas, les doctrines des populistes et des impérieux de Nicolas-le-Foldingue se confondaient souvent. Aussi y avait-il un mouvement de désertion du Parti Impérial  vers le Front Populiste. Des maires de cité-dortoir déchirèrent leurs cartes et écoutèrent, par exemple, la chansonnette serpentine du docteur Ménard qui avait armé sa police municipale à Béziers, nettoyé son centre-ville et maudit les petits Arabes qui encombraient ses écoles.  (p. 65)

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Le Front Populiste s'enracinait.

Il montait le peuple contre les élites et la province contre Paris, renouant avec l'éternel balancier : les Chouans contre les Jacobins. Les populistes parlaient aux villageois abandonnés, voulaient pour les attirer relancer le commerce de proximité, maintenir les services publics qui fermaient. sans une poste, une école, un bistrot, que devient une bourgade ?   (p. 66)
 
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Immigration, sécurité, laïcité, voilà ses thèmes. Nicolas-le-Clivant voulait interdire le voile musulman à l'Université, rejeter les repas de substitution dans les cantines scolaires; dresser les Français les uns contre les autres semblait payer.   (p. 70)

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Le duc d'Evry pensait que les mots devaient affirmer une réalité, sans la travestir, ni la maquiller. Il en usait sur le registre de la tragédie, reconnut avec douleur le naufrage du Parti social et la perte d'au moins cinq cents de ses candidats, écrabouillés par le désintérêt ou la colère de ces classes populeuses qui se tournaient en nombre vers les partis populistes. C'était prévu mais pénible. Il aurait fallu dire aux démunis que les caisses étaient vides, qu'on allait inventer un nouveau système pour les soutenir quand ils se noyaient, transformer les chômeurs en apprentis, sabrer le surcroît des fonctionnaires tatillons qui les tracassaient. Avec qui marcher désormais ?    (p. 71)

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Avec ses propos volontaires, le duc avait permis qu'on remobilisât les moins désabusés, soit, million de personnes qui empêchèrent de tout perdre.   Hélas le parti était rouillé et la gauche se détricotait en paroisses, les paroisses en églises, les églises en chapelles et les chapelles en patronages. La moitié des inscrits du Parti Social avait payé sa cotisation; l'argent ne rentrait plus, les fédérations maigrissaient à chaque scrutin, les déçus se changeaient en démissionnaires, la gauche penchait à droite.

Le Prince était responsable de cette dégringolade. Ses sujets, ne voyant aucune différence entre sa politique et celle détestée des précédents monarques, lui tenaient rigueur de cette continuité. En effet, il baissait les charges des entreprises, qu'il choyait, sans se soucier des travailleurs qui les faisaient tourner, taillait dans les dépenses publiques, menait au loin des guerres dispendieuses, vendait des canons et s'en félicitait, serrait les mains des autocrates. Il avait tourné en ritournelle son slogan, mais Le changement, c'est maintenant restait sans effet, comme ses promesses de réduire le chômage. Sa Majesté n'avait aucun projet, peut-être une méthode mais pour aboutir à quoi ? Il n'avait pas d'idées.

Le Prince était vide. C'était son rôle.   (pp. 113-114)

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Le Patriarche (cf. Jean-Marie Le Pen)  éconduit envenima la querelle. Sautant une génération, il sentait qu'il se réincarnait chez sa petite-fille, une blonde angélique que ses compères avaient surnommée Marionnette, car elle s'appelait Marion, mais ce sobriquet avec une réalité, car de ce pantin le grand-père tirait les fils.  (p. 79)

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L'épiscopat semblait favoriser Marionnette et lui apporter de pieux électeurs comme les santons de la crèche. (p. 82)

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Les gens s'échauffaient pour des broutilles et notre Prince s'y était habitué. Il continuait à ne jamais rendre compte que des bonnes nouvelles qui auraient pu servir et réjouir ses sujets; il ne savait pas faire la roue.  (p. 91)

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Le baron Bolloré incanrait à la perfection ce que Sir Bertrand (cf. Sir Bertrand Russell) exécrait. Cette homme sentait à plein nez la monnaie et les chiffres plus que le varech de sa Bretagne natale. Quoiqu'il touchât, comme le roi Midas de notre mythologie, il le transformait en or. Grandissant, le baron ramassa ses talents industrieux et poursuivit un objectif unique : il allait s'enrichir et s'enrichir encore pour la satisfaction d'amasser en famille dans un pays de plus de neuf millions de pauvres.  (p. 93)

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La baron Bolloré détestait son image qu'il ressentait déformée par les gazettes, et peu à son avantage. Il régnait cependant sur ses employés par une terreur qui provoquait chez eux des rires nerveux car il leur souriait en les menaçant, et ils essayaient de deviner ses humeurs pour les épouser avec servilité et à propos.  (p. 94)


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Il y eut un temps où les gazettes étaient dirigées par des gens de ce métier qui avaient pour fonction de traquer, vérifier et publier de informations lisibles et claires, sans subir la moindre pression sur les sujets traités. Et puis les industriels se mirent à régenter les gazettes auxquelles ils ne connaissaient rien, sinon qu'elles devaient servir leurs produits et donc leurs intérêts financiers. Elles devaient être rentables. Autrefois, le vin et le tabac circulaient dans les salles de rédaction bruyantes, quand trépidaient les Underwood noir et or et résonnaient les forts éclats de voix; on ne comptait pas les heures, on vivait, on discutait, on s'engueulait, on se contredisait, on riait; des papiers de qualité surgissaient de ce sacré foutoir. Désormais, les salles de rédaction étaient silencieuses comme des cliniques; pas un mot, pas un bruit, plus de tabac en nuages dans l'air filtré, quelque chose d'aseptisé et de morne;  chacun avait les yeux collés à ses écrans avec des mines coupables . Les consignes s'étaient substituées aux envies. (p. 97)

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Si Bertrand Russell, notre vieil ami, avait pourtant prévenu : "L'idée que les activités désirables sont celles qui engendrent des profits a tout mis à l'envers.". Et il ajoutait quelques feuilles plus loin : "La morale du travail est une morale d'esclave, et le monde moderne n'a nul besoin de l'esclavage." Rassurez-vous, M. le baron, comparés à vous les Nobel sont des farfelus parfaitement stupides. (p. 101)


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Sous le règne de François-le-Souple, les mouvements de protestations, les grèves s'enchaînaient et se chevauchaient avec une jolie régularité. les unes après les autres, les corporations se fâchaient contre des mesures jamais expliquées. Les réformes de l'éducation indisposaient par principe et il y avait des raisons à cela; à force d'égaliser les chances dans des classes bondées et disparates qui reflétaient le quartier où s'ouvrait l'école, les responsables des académies nivelaient pour atteindre un niveau proche du sol.  (p. 109)

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Sur une radio algérienne, la duchesse émérite de Cayenne, Mme Taubira, annonça que la mesure allait être retirée. À gauche, on respira mais la duchesse ne s'était pas concertée avec le Château, où François-le-Malmené n'en démordait pas : sa parole, il finissait par y tenir, tant l'adversité lui regonflait les plumes.  (p. 131)

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On apprit alors que deux équipes de terroristes venaient d'être interceptées à Orléans et à Montpellier. Comment allait réagir l'opinion publique ? François-le-Roublard hésitait à se prononcer pour ou contre (l'état d'urgence) et demeurait muet comme une statue; son état normal.  (p. 132)


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La baron Finkie, chemise à col ouvert et mèche longue sur les lunettes, vint se renseigner une nuit sur la place de la République. Il s'adonnait à la philosophie dans des livres, sur les ondes et les fenestrons, n'étant aucunement privé de parole. Il ne cherchait d'ailleurs pas à prendre le crachoir, mais à écouter les discussions. Seules les oreilles restaient ouvertes. Il gardait son air de chien triste et ses mimiques souffrantes, lointain parent de ce Roger Gicquel, qui exerçait autrefois au journal de vingt heures que les spectateurs de l'époque considéraient comme la messe de l'information; M. Coluche riait de lui en disant : "Quand un avion s'écrase quelque part dans le monde, il tombe toujours sur les pompes de Gicquel."   (p. 145)


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Le duc d'Evry avait d'autres rivaux à qui se mesurer. Le comte Macron était le plus évident. Il était insupportable depuis des semaines, plaçant désormais sa vie privée en avant pour attendrir ses partisans éventuels. Il s'était détaché de gouvernement tout net, pour jouer, jusqu'à l'élection Suprême, une traversée en solitaire. Certains se gaussaient : qui allait appuyer son aventure ? [...] Avait-il un programme ? Nulle importance. Il avait un ton. Et il savait que les programmes trop rigides, trop ficelés ne servaient guère plus que les cymbales dans un orchestre symphonique, que les idées lancées se modifiaient à mesure qu'on les exposait, modelées selon les auditoires.  (p. 147)

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À cause des attentats dont nous souffrions, le port du burkini fut vécu comme une provocation islamiste. La cinquième colonne des vêtements.  (p. 169)

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En dépit des études d'opinion et à l'issue d'une interminable campagne où il franchit chaque obstacle, le Donald fut élu à la Maison Blanche malgré ses mauvaises manières, ses injures, sa vulgarité et ses énormes mensonges, mais la vérité semblait ne plus servir à rien; les électeurs se laissaient berner par les discours inconvenants proférés contre les tenants d'une politique convenable, qui ne les satisfait pas. Lorsqu'il prétendait que le réchauffement de la terre provenait de la propagande chinoise pour détruire l'économie américaine, Donald avait raison, même si trois millions de mètres carrés de banquise avaient fondu dans l'année et que les eaux montaient, même si les ouragans tropicaux étaient de plus en plus violents. Pour qu'il s'en rendît compte, il eût fallu que Donald  rejoignît son appartement de la Trump Tower à la nage.  (p. 183)
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La vérité était ce qu'on en faisait. Même pas la peine de faire semblant, il suffisait de dire avec force, que ce fût vrai ou faux n'importait plus. Les réseaux électroniques qui pénétraient les sociétés étaient un merveilleux vecteur de bêtises honteuses et Donald en abusait. [...] À quoi servait donc un programme quand on possédait l'art d'embobiner autrui ?   (p. 185)
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Le programme du duc de Sablé était si affolant que ne pouvaient l'avaler que les deux millions de retraités qui lui avaient confié leurs suffrages, sans même l'avoir lu, parce qu'il les apaisait par son sérieux, auxquels s'ajoutèrent une large portion de catholiques raidis dans leurs convictions; ils y reconnaissaient les mots durs d'un de leurs prophètes.  (p. 195)
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mardi 5 décembre 2017

Mon père est femme de ménage - Saphia Azzeddine


Mon père est femme de ménage
 
Saphia Azzedine



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre extrêmement piquant sur une réalité ô combien tragique : la honte ressentie par un fils vis-à-vis de son père et la recherche par ce fameux fils de son identité. Pour cela, il va essayer de maîtriser les mots, que sa famille ne maîtrise pas.

Je vous présente donc le livre Mon père est femme de ménage de Saphia Azzeddine.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Mon père est femme de ménage
Auteur = Saphia Azzeddine
Edition - Collection = Editions Léo Scheer
Date de première parution =  2009
 
Note pour le livre = 17 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la page Babelio
Je l'aime mon père, mais j'’ai du mal à l'admirer. Souvent, quand je le regarde, il est à quatre pattes, alors forcément, ça manque un peu de hauteur tout ça… ».

Paul, dit Polo, a 13 ans quand commence sa chronique d'une vie impossible, au milieu d'une famille infernale, où seul l'amour d'un père apporte un peu de lumière. Mais aimer quand on ne peut pas respecter est une douleur de plus. Seulement, ce jeune garçon drôle, lucide, que rien n'abat, a découvert une arme : les mots, et il sait désormais qu'’on peut s'arracher à la fatalité.

C. Mon avis sur le livre
Ce livre est un véritable délice !

Ce roman est un vrai parcours initiatique d'une jeune personne qui a honte de son père qui n'est "qu'une femme de ménage" et qui souhaite s'extraire d'une condition à laquelle il semble promis de par son hérédité, mais dont il ne veut pas. Pour cela, il se plonge dans les mots, ceux que son entourage ne maîtrise pas. Il va également se construire une identité qui lui est propre au fil de ses rencontres avec ses voisins ou avec les employeurs de son père.

Cette initiation aux plaisirs, mais aussi aux affres de la vie est écrite par Saphia Azzeddine dans un style piquant, teinté d'ironie, qui fait tout le sel du roman. Cependant, certaines scènes, que je qualifierai d'un peu scabreuses peuvent parfois freiner le plaisir de la lecture.

Cependant, l'ensemble demeure très agréable à lire et surtout très drôle. Un roman que je recommande vraiment à tout le monde et qui me donne envie de lire d'autres livres de cette auteure.



D. Quelques bons passages du livre

Comme je n'aimais pas trop le mot ménage, j'ai cherché des synonymes, moins...comment dire ? moins durs, moins détergents. avec un mot pareil, la poussière, ça devient ton amie. (p. 10)

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Entre les livres de poche et les livres reliés, les couvertures illustrées et les plus sobres, il y avait des milliards de mots. Certains avaient échoué, d'autres avaient bouleversé. Moi, j'avais envie de les essayer. Tous ces livres alignés les uns à côté des autres, militaires, verticaux, droits, me fixaient et me défiaient à chacun de mes passages, comme s'ils savaient qu'un mec comme moi ne se permettrait jamais de les déranger.  (p. 10)
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Je trimballe le chariot de produits jusque dans les toilettes hommes et il me vient une drôle de pensée en voyant ce qui m'attend. Je me dis qu'un homme a beau employer des mots dédaigneux, arrogants, supérieurs et transcendants, il ne sait toujours pas viser dans le trou.  (p. 12)

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Moi, je savais que si elle était élue, elle finirait par sucer tous les footballeurs de seconde zone car, à l'image de sa région, encore elle, ma sœur a le goût des bonnes choses...  (p. 19)
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Il se trouve cynique. Et pour lui, le cynisme, c'est pour les riches, l'élite, ceux qui peuvent se permettre de faire une blague sur un enfant leucémique, si le mot en vaut vraiment le coup évidemment. Car le bon mot est au-dessus de tout et l'insolence est reine. Il oublie juste qu'il n'est qu'un valet.  (p. 29)

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Je crois en fait  que j'aurais aimé être un riche adolescent américain  qui va à l'école le matin avec une raie sur le côté et qui rentre le soir sans raie à cause du tournoi de base-ball  qu'il a remporté évidemment. [...] On les copie tout le temps  mais ça ne donne pas pareil. Il nous manque ce gène roublard de ceux qui ne s'embarrassent de rien et qui s'accommodent de tout.   (p. 39)
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De toute façon, les gros bolides, c'est bien connu, c'est pour les cons. Le bruit du moteur sert à camoufler le courant d'air qu'ils ont dans la tête. Les mecs, je veux dire.  (p. 41)

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Ma sœur n'était pas la plus moche de la Fête de la mirabelle. Ni la plus bête. Elles se valaient toutes, ces miss sur le podium souriant sincèrement à un avenir plus lumineux, débordantes d'enthousiasme à l'idée de changer le monde. Grâce à la beauté. Celle de l'âme évidemment. Elles scintillaient sous les projecteurs parce qu'elles s'étaient badigeonnées de paillettes. Il paraît que c'est beau. Mais quand on brille trop à l'extérieur, c'est qu'on est mate à l'intérieur. Encore une phrase inventée par un pauvre pour ne pas acheter de bijoux à sa femme. Les pauvres trouvent toujours des formules spirituelles pour justifier leur disgrâce. (p. 44)

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Je voulais être un blaireau mais un blaireau qui part en vacances. (p. 59)

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Mon père avait raison, de toute évidence je faisais la gueule. Et d'ailleurs pourquoi je ne lui dirais pas que je fais la gueule ? À lui précisément. Pourquoi je ne lui dirais pas que je lui en veux d'être un pauvre type qui me fait bosser avec lui au lieu de m'emmener au bord de la mer ? Ou même à la montagne. Changer de département, lire un panneau qui te souhaite la bienvenue, ou qui t'indique un château à visiter, faire de la route bon sang, changer d'air. Cet air étouffant dont je connais les moindres particules, cet air accablant qui me rend méchant.  (p. 61)

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Pour un regard "inapproprié", elle peut te démonter ta face. Filles et garçons confondus. [...] Tamimount, si c'était un pays, ce serait les Etats-Unis : elle se défend toujours en t'offensant en premier, elle te met un coup de tête en prévention et ensuite, l'air de rien, elle relisse sa frange qui cache une cicatrice sur le front parce qu'elle se fait bastonner par son père. En prévention aussi.   (p. 70)

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Moi ça me fascine ces hommes soi-disant mal nés qui parviennent quand même à s'imposer, grâce à leur verve, leur courage et leur singularité. Les femmes aussi y sont sensibles et tombent souvent amoureuses de ces héros, qui par leur seule force morale permettent d'inverser leurs destins. Des destins qui étaient tracés selon un ordre établi injuste et discréditant. (p. 81)

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Un valet a le droit d'aimer une reine. Une reine a le droit d'aimer un valet. Vont-ils le faire pour autant aux yeux de tous ?  (p. 82)

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Certains essayaient d'attirer son attention par des boutades, d'autres feignaient de l'ignorer. Ignorer une belle femme est le plus sûr moyen de la dégommer un jour.  (p. 93)
 
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C'est exactement ce que je déteste chez l'être humain en général et chez mon père en particulier. Cette obscène habitude de toute rapporter au cul, pour faire la blague quoi...Ca va graduellement : plus c'est graveleux, plus ça glousse vicieusement. C'est culturel, on parle de cul pour un oui, pour un non, ça va de pair avec l'arriération mentale de ma populace. Mes oncles, cousins et grands-pères font la même chose le dimanche et moi ça me donne la nausée. (p. 102)

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Je voudrais que Kundera ou Borges s'installent dans chacune de mes phrases, aussi naturellement que "putain de bordel de queue" s'installe dans celles de mon père. Même si je ne comprends rien à Balzac ou Zola et à leurs interminables phrases pour simplement dire qu'il fait jour ou qu'il fait beau, il faut que je les aime. (pp. 102-103)
 
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Non, les mots de la bibliothèque m'arracheront à mon destin de beauf. Même un peu. Il faut que je sois un autre. Pas un zappeur en jogging qui regarde "Turbo".   (p. 104)

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Je suis blanc mais à la base moi non plus je n'avais rien à faire en seconde. Je fais partie des désapprouvés de naissance normalement, ceux qui n'ont aucun avenir mais à qui on cache la vérité un temps grâce à des lois et des discours bien dits par des bien-nés, auxquels on s'accroche désespérément et qu'on lâche un jour, par hasard, à cause d'une crampe. Pourquoi moi, Polo, j'avais réussi là où des copains avaient échoué ? J'avais beau chercher, je ne comprenais pas. Pourquoi ? Parce que quoi ?  (p. 126)

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À part un fils de pute sans éthique qui oserait profiter d'un cancer loué ? Un mensonge dot être plus gros que le cul de ta mère sinon ça ne marche pas.  (p. 155)

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Fêter un mariage c'est aussi con que de fêter une entrée en guerre. Comme si on voulait faire passer la pilule avec de la crème chantilly histoire que l'enculade soit moins vive.  (p. 159)

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dimanche 26 novembre 2017

Pensées - Giacomo Leopardi


Pensées
 
Giacomo Leopardi



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai trouvé dans une boîte à livres et qui a réveillé chez moi de vieux souvenirs de fac, car Giacomo Leopardi, alias "Le poète du pessimisme" faisait partie du panel d'auteurs dont j'ai pu déguster les textes pendant les cours d'italien.

Ce papier sera un petit peu spécial, car je n'émettrai aucun avis, si ce n'est que ces pensées, bien qu'écrites au début du XIXe siècle, demeurent toujours aussi actuelles dans notre monde du XXIe siècle, d'où ma volonté de les partager avec vous.

Mention spéciale à l'excellente traduction de Joël Gayraud pour cet opuscule.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Pensées
Auteur = Giacomo Leopardi
Date de première parution =  1845


B. Quelques bons passages du livre
 

J'affirme que le monde n'est que l'association des coquins contre les gens de bien, des plus vils contre les plus nobles.  (Pensée I)

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En revanche, les gens de bien et les hommes de cœur, qui se distinguent de la masse, sont tenus par elle pour des êtres d'une autre espèce; non seulement on ne les regarde pas comme des frères et des amis, mais on le excepte volontiers du droit commun, et comme on le voit sans cesse, on les persécute plus ou moins sévèrement selon le degré de scélératesse ou d'ignominie de l'époque où il leur est échu de vivre. (Pensée I)
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Dans les choses profondes, c'est toujours le petit nombre qui est le plus perspicace; la majorité, elle, ne s'étend qu'aux évidences.  (Pensée V)

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La mort n'est pas un mal : elle libère l'homme de ses maux et, le privant de tous les biens, lui en enlève le désir. C'est la vieillesse qui est le mal suprême : elle ôte à l'homme toutes les jouissances, ne lui en laisse que la soif et apporte avec elle toutes les douleurs. Et pourtant, c'est la mort que l'on redoute et la vieillesse que l'on désire.  (Pensée VI)
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C'est une belle et douce illusion que celle des anniversaires : alors qu'en vérité l'évènement célébré n'a pas plus à faire avec ce jour-là qu'avec aucun autre, il semble s'établir entre eux une relation privilégiée, comme si l'ombre du passé revenait chaque année hanter la même date. Cette célébration remédie en partie à l'affreuse idée de l'anéantissement, soulage notre cœur de la douleur de tant de deuils et nous donne l'impression que le passé, qui ne peut revenir, ne s'est pourtant pas définitivement perdu.  (Pensée XIII)

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Tout comme les prisons et les galères qui, à en croire leurs occupants, seraient remplies d'innocents, les dignités et les charges publiques ne seraient remises qu'à des malheureux contraints de les accepter. Il est presque impossible de retrouver quelqu'un qui avoue mériter la peine qu'il purge ou qui reconnaisse qu'il a brigué les honneurs dont il jouit; et peut-être ce dernier cas est-il encore plus rare que le précédent.  (Pensée XVII)
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Dans la conversation, nous n'éprouvons de plaisir vif et durable qu'autant que nous pouvons causer de nous-mêmes, de ce qui nous intéresse ou nous touche en quelque manière. Tout autre sujet finit rapidement par nous lasser. Mais ce qui est pour nous si plaisant est un supplice mortel pour notre auditoire. C'est pourquoi le nom d'homme aimable ne s'acquiert qu'au prix de mille souffrances, car être aimable, dans la conversation, c'est se sacrifie à l'amour-propre d'autrui.  (Pensée XXI)

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Il me semble bien difficile de dire s'il y a quelque chose de plus contraire à la morale que de parler sans discontinuer de soi-même ou de plus rare qu'un homme exempt d'un tel défaut. (Pensée XXII)

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Si grand est l'égoïsme , si féroce la haine que les hommes se vouent les uns aux autres, que pour acquérir quelque renom, il ne leur suffit pas d'accomplir des actions méritoires, mais il leur faut faire reconnaître ce mérite, ou trouver, ce qui revient au même, quelqu'un pour le vanter et l'exalter à leur place, pour en assourdir le public et pousser celui-ci à entonner à son tour leurs louanges. (Pensée XXIV)

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Celui qui veut réussir, même par les voies les plus honorables doit bannir toute modestie... (Pensée XXIV)

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C'est se montrer bien peu sage et bien peu philosophe qu'entendre que la vie devienne toute sagesse et toute philosophie.  (Pensée XXVII)
 
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La nature est la première à nous abuser ainsi, car c'est essentiellement par l'illusion et le mensonge qu'elle nous rend la vie aimable ou tout au moins supportable. (Pensée XXIX)

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Les hommes dénigrent toujours le présent pour faire l'éloge du passé. De même, la plupart des voyageurs, durant leurs déplacements restent amoureux de leur pays natal et le préfèrent avec une sorte de rage à tous ceux où ils se trouvent. et une fois rentrés chez eux, c'est avec la même passion qu'ils placent au-dessus de leur pays tous les autres lieux qu'ils ont visités. (Pensée XXX)

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À mesure qu'il avance dans la connaissance pratique de la vie, l'homme rabat chaque jour de cette sévérité avec laquelle les jeunes gens, cherchant sans relâche la perfection et mesure toutes les choses à l'idées qu'ils s'en font, ont tant de peine à pardonner les faiblesses et à estimer les pauvres vertus, éphémères et défaillantes, que l'on rencontre, parfois chez les autres.  (Pensée XXXII)
 
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Cela dit, nous devons bien admettre que si l'expérience de la vie sociale nous incite à l'indulgence plutôt qu'à la rigueur, il ne faut voir là qu'une nouvelle illustration de l'extrême misère de la condition humaine.  (Pensée XXXII)

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Les jeunes gens croient très souvent se rendre aimables en feignant la mélancolie. Certes, quand elle est feinte, la mélancolie peu-même plaire un moment [...] mais lorsqu'elle ne l'est pas, tout le monde la fuit. Seule la gaieté plaît et réussit dans le commerce des hommes, car, quoi qu'en pensent les jeunes gens, le monde, avec raison, n'aime pas les larmes, mais le rire. (Pensée XXXIV)
 
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Dans la vie, il n'est rien de plus intolérable, ni en fait de moins toléré, que l'intolérance. (Pensée XXXVII)

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L'amour-propre est si sensible, si démesurément pointilleux, qu'il est presque impossible qu'aucune parole, proférée à notre insu, et fidèlement rapportée, ne nous semble indigne de nous et ne nous irrite. On ne saurait dire toutefois combien nous violons souvent le précepte de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas que l'on nous fit, et combien la liberté de parler d'autrui nous paraît, quand c'est nous qui la prenons, une conduite tout à fait innocente.  (Pensée XLI)

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Chez l'homme qui vient de dépasser la vingt-cinquième année, un nouveau sentiment se fait jour : il saisit tout à coup qu'il est plus âgé que nombre de ses amis, et s'aperçoit que le monde est rempli de gens beaucoup plus jeunes que lui, alors que jusqu'ici il se croyait occuper pour la vie le point culminant du bel âge. (Pensée XLII)

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Tu reconnaîtras la loyauté chez autrui en ce que , te fréquentant, il ne te laissera pas espérer de bons services, ni surtout en craindre de mauvais. (Pensée XLIII)

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Pendant ce temps-là, avec l'industrie arrivent en force la bassesse, la froideur, l'égoïsme, l'avarice, la fausseté et la perfidie mercantile; les manières et les passions les plus corruptrices et les plus indignes de l'homme civilisé se multiplient sans fin; et les vertus se font attendre.  (Pensée XLIV)
 
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Le temps est un grand remède contre la médisance, comme d'ailleurs contre toutes les peines de l'âme.  (Pensée XLV)

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La franchise peut aider lorsqu'elle est feinte ou que, du fait de sa rareté, personne n'y croit plus. (Pensée LVI)

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La timidité ne contient pas moins d'amour-propre que l'arrogance; elle en contient même plus, ou plutôt il s'y joint une plus grande sensibilité. C'est pour cette raison que les timides sont craintifs : ils se gardent de piquer les autres, non parce qu'ils se donnent plus d'importance que les insolents et les audacieux, mais pour éviter d'être piqués à leur tour, vu l'extrême douleur que leur cause chaque point qu'ils reçoivent. (Pensée LVIII)
 
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La Bruyère dit très justement qu'il est plus aisé de faire valoir un ouvrage médiocre par le nom que l'auteur s'est déjà acquis que pour un auteur de se faire un nom par un ouvrage parfait. On pourrait ajouter à cette remarque que le moyen le plus direct de gagner la renommée est d'affirmer avec une ferme assurance et le plus souvent possible qu'on la possède déjà. (Pensée LX)

 
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Il n'est au monde rien de plus rare qu'une personne que l'on peut supporter tous les jours.  (Pensée LXXVI)

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La timidité ne contient pas moins d'amour-propre que l'arrogance; elle en contient même plus, ou plutôt il s'y joint une plus grande sensibilité. C'est pour cette raison que les timides sont craintifs : ils se gardent de piquer les autres, non parce qu'ils se donnent plus d'importance que les insolents et les audacieux, mais pour éviter d'être piqués à leur tour, vu l'extrême douleur que leur cause chaque point qu'ils reçoivent. (Pensée LVIII)

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Le moyen le plus sûr de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne jamais les dépasser. (Pensée LXXXVI)

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Celui qui a peu de commerce avec les autres hommes est rarement misanthrope. Les véritables misanthropes ne se trouvent pas dans le désert, ils sont dans le monde : ce n'est pas la philosophie, mais la vie sociale qui fait haïr les hommes. Et si, devenu misanthrope, on se retire de la société, on perd dans cette retraite sa misanthropie.  (Pensée LXXXIX)

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