jeudi 12 janvier 2017

Comme un roman - Daniel Pennac



Comme un roman
 
Daniel Pennac



Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce 12 janvier (pas d'évènement particulier aujourd'hui), je vais vous présenter un livre hybride entre le roman et l'essai (d'ailleurs le titre jette lui-même de la confusion dans la détermination du genre littéraire) de l'auteur de la série des Malaussène, M. Daniel Pennac, livre qui est construit comme un véritable éloge à la lecture.
 
  
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Comme un roman
Auteur = Daniel Pennac
Edition - Collection = Folio (Grand format : Gallimard)
Date de première parution =  1992
Nombre de pages =  185 pages


Note pour l'essai = 15/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR :

1. Le droit de ne pas lire
2. Le droit de sauter des pages
3. Le droit de ne pas finir un livre
4. Le droit de relire
5. Le droit de lire n'importe quoi
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
7. Le droit de lire n'importe où
8. Le droit de grappiller
9. Le droit de lire à haute voix
10. Le droit de nous taire
 
C. Mon avis sur le roman
   
Je me suis décidé à lire ce livre que j'avais acheté il y a quelques années, car j'avais besoin d'un romancier commençant par la lettre P pour le défi ABC Babelio, mais aussi parce que la sortie du nouveau livre de l'auteur m'a permis de m'y intéresser.

En quelques mots, cet essai est un véritable éloge de la lecture. En quelques chapitres très court et écrits de manière légère et enjouée, Daniel Pennac nous fait rendre compte que la lecture nous suit tout au long de notre vie : quand nos parents nous lisent des histoires étant enfants, quand nous ne voulons pas lire les "classiques chiants" pendant notre adolescence, quand le professeur de français essaie (avec succès) de faire gagner le goût de la lecture aux plus réfractaires.

De plus, ce que je trouve vraiment chouette de la part de Daniel Pennac, c'est que tout au long du roman, il donne des excuses à ceux qui ne lisent pas, avec compassion, ce que bien d'autres écrivains et intellectuels ne feraient pas.

En somme, il démocratise une occupation que, trop souvent malheureusement, on considère comme élitiste et réservé à une certaine caste, alors qu'il n'y a pas plus démocratique que la lecture (ne serait-ce que dans la variété de ses contenus).

Enfin, le point d'orgue de l'essai, à mon sens, se trouve à la fin quand, à coup d'anecdotes, Pennac nous explique les fameux 10 droits imprescriptibles du lecteur (voir description de l'œuvre) qui sont aussi drôles qu'inattendus, notamment quand il s'arroge le droit de dire qu'on peut ne pas lire ou lire n'importe quoi, par exemple.

En somme, un essai très chouette à lire qui pourra autant ravir les grands lecteurs, les amateurs de lecture à la petite semaine et pourrait peut-être donner le goût de la lecture à ceux qui s'y estiment les plus réfractaires.
 
D. Quelques bons passages de l'essai
 
Notez que lire ou ne pas lire, le verbe était déjà conjugué à l'impératif. Même au passé, on ne se refait pas. En sorte que lire était alors un acte subversif. À la découverte du roman s'ajoutait l'excitation de la désobéissance familiale. Double splendeur ! O le souvenir de ces heures de lectures chipées sous les couvertures à la lueur de la torche électrique !   (p. 15)
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Un livre, c'est un objet contondant et c'est un bloc d'éternité. C'est la matérialisation de l'ennui. C'est le livre. "Le livre". Il ne le nomme jamais autrement dans ses dissertations : le livre, un livre, les livres, des livres.  (p. 24) 
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Et si ce n'est le procès de la télévision ou de la consommation tous azimuts, ce sera celui  de l'invasion électronique; et si ce n'est la faute des petits jeux hypnotiques, ce sera celle de l'école : l'apprentissage aberrant de la lecture, l'anachronisme des programmes, l'incompétences des maîtres, la vétusté des locaux, le manque de bibliothèques.  (p. 33)
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On ne guérit pas de cette métamorphose. On ne revient pas indemne d'un tel voyage. À toute lecture préside, si inhibé soit-il, le plaisir de lire; et, par sa nature-même - cette jouissance, d'alchimiste - le plaisir de lire ne craint rien de l'image, même télévisuelle, et même sous forme d'avalanches quotidiennes.  (p. 48)
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Si, comme on le dit, mon fils, ma fille, les jeunes, n'aiment pas lire - et le verbe est juste, c'est bien d'une blessure d'amour qu'il s'agit - il n'en faut incriminer ni la télévision, ni la modernité, ni l'école. Ou tout cela, si l'on veut, mais seulement après nous être posé cette question première : qu'avons-nous fait du lecteur idéal qu'il était en ces temps où nous-mêmes jouions tout à la fois le rôle du conteur et du livre ?  (p. 56)
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Il est, d'entrée de jeu, le bon lecteur qu'il restera si les adultes qui l'entourent nourrissent son enthousiasme au lieu de se prouver leur compétence, stimulent son désir d'apprendre avant de lui imposer le devoir de réciter, l'accompagnent dans son effort sans se contenter de l'attendre au tournant, consentent à perdre des soirées au lieu de chercher à gagner du temps, font vibrer le présent sans brandir la menace de l'avenir, se refusent à changer en corvée ce qui était un plaisir, entretiennent ce plaisir jusqu'à ce qu'il s'en fasse un devoir, fondent ce devoir sur le gratuité de tout apprentissage culturel, et retrouvent eux-mêmes le plaisir de cette gratuité.    (p. 62)
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Relire, ce n'est pas se répéter, c'est donner une preuve toujours nouvelle d'un amour infatigable.  (p. 64)
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Il y a ceux qui n'ont jamais lu et qui s'en font une honte, ceux qui n'ont plus le temps de lire et qui en cultivent le regret, il y a ceux qui ne lisent pas de romans, mais des livres utiles [...] il y a ceux qui lisent n'importe quoi, ceux qui "dévorent" et dont les yeux brillent, il y a ceux qui ne lisent que les classiques, monsieur, "car il n'est meilleur critique que le tamis du temps", ceux qui passent leur maturité à "relire", et ceux qui ont lu le dernier untel et le dernier tel autre, car il faut bien, monsieur, se tenir au courant...
Le DOGME.    (pp. 78-79)
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Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même. (p. 91)

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Au lieu de quoi, nous autres qui avons lu et prétendons propager l'amour du livre, nous nous préférons trop souvent commentateurs, interprètes, analystes, critiques, biographes, exégètes d'œuvres rendues muettes par le pieux témoignage que nous portons de leur grandeur. Pris dans la forteresse de nos compétences, la parole des livres fait place à notre parole. Plutôt que laisser l'intelligence du texte parler par notre bouche, nous nous en remettons à notre propre intelligence, et parlons du texte. Nous ne sommes pas les émissaires du livre mais les gardiens assermentés d'un temple dont nous vantons les merveilles avec des mots qui en ferment les portes : "Il faut lire ! Il faut lire !"  (p. 105)

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La fiche individuelle, comme le journal intime, tient de l'autocritique : on s'y noircit d'instinct.  (p. 116)
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Le temps de la lecture : le livre envisagé comme une menace d'éternité !  (p. 133)
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Dès que se pose la question du temps de lire, c'est que l'envie n'y est pas. Car, à y regarder de près, personne n'a jamais le temps de lire. Ni les petits, ni les ados, ni les grands. La vie est une entrave perpétuelle à la lecture. (p. 136)

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Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre.  (p. 137)

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La lecture ne relève pas de l'organisation du temps social, elle est, comme l'amour, une manière d'être. 
La question n'est pas de savoir si j'ai le temps de lire ou pas (temps que personne, d'ailleurs, ne me donnera), mais si je m'offre ou non le bonheur d'être lecteur.  (p. 137)

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Une seule condition à cette réconciliation avec la lecture : ne rien demander en échange. Absolument rien. N'élever aucun rempart de connaissances préliminaires autour du livre. Ne pas poser la moindre question. Ne pas donner le plus petit devoir. Ne pas ajouter un seul mot à ceux des pages lues. Pas de jugement de valeur, pas d'explication de vocabulaire, pas d'analyse de texte, pas d'indication biographique...S'interdire absolument de "parler autour".  (p. 140)

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Produit d'une société hyper-consommatrice, le livre est presque aussi choyé qu'un poulet gavé aux hormones et beaucoup moins qu'un missile nucléaire. Le poulet aux hormones à la croissance instantanée n'est d'ailleurs pas une comparaison gratuite si l'on applique à ces millions de bouquins "de circonstance" qui se trouvent écrits en une semaine sous prétextez que, cette semaine-là, la reine a cassé sa pipe ou le président perdu sa place.  (p. 160)

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Pour être bref, taillons très large : disons qu'il existe ce que j'appellerai une "littérature industrielle" qui se contente de reproduire à l'infini les mêmes types de récits, débite du stéréotype à la chaîne, fait commerce de bons sentiments et de sensations fortes, saute sur tous les prétextes offerts par l'actualité pour pondre une fiction de circonstance, se livre à des "études de marché" pour fourguer, selon la "conjoncture", tel type de "produit" censé enflammer telle catégorie de lecteurs.
Voilà, à coup sûr, de mauvais romans.  (p. 181)

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