samedi 11 mars 2017

Revue de la PAL - Spéciale Foire du Livre de Bruxelles



Revue de la PAL
 
Spéciale Foire du Livre de Bruxelles




Bonjour chers amis et amies lecteurs et lectrices (belges et non belges) compulsifs.

Aujourd'hui, je me suis rendu pour la quatrième fois dans la plus grande Caverne d'Ali Baba qui soit pour tout lecteur compulsif qui se respecte, j'ai nommé La Foire du Livre de Bruxelles.

Ce fut l'occasion pour moi de ramener 8 nouveaux livres qui viennent donc encore augmenter ma PAL qui devient, comme beaucoup aiment à la nommer "Mon Himalaya à lire". 8 livres que je vous présente maintenant :


A. Petit éloge du Tour de France d'Eric Fottorino (Folio 2€)

Ma toute première acquisition est ce court récit sur la Grande Boucle pour laquelle je me passionne depuis la mort de mon grand-père, qui en était fan absolu. Ce petit éloge est écrit par un des plus grands experts de la Petite Reine, le journaliste (également présent sur le Tour depuis quelques années) Eric Fottorino.






B. Un escargot tout chaud d'Isabelle Mergault  (Grasset)

Voici le premier roman d'une femme que j'apprécie depuis de nombreuses années et que je continue à suivre régulièrement dans l'émission Les Grosses Têtes sur RTL. Tout ceci m'a donné envie de lire son roman.
4ème de couverture : Ce jour-là, le braqueur aurait mieux fait de pousser la porte d'une autre bijouterie. Menaces, ultimatum ou revolver sur la tempe, aucune des six personnes qui se trouvent dans la bijouterie de Rose ne semble impressionnée. Amour, famille, enfants, ils ont tout raté. Alors, vous pensez, un braquage !...
 
 

C. Mon cher stagiaire d'Anouck Laclos  (Livre de Poche)

Voilà donc un roman avec un titre aussi attirant que mystérieux et dont la quatrième de couverture a fini par me convaincre de l'acheter.
4ème de couverture : Le mari d'Anouk vient de mourir. À 42 ans, elle se voit confier les rênes de la maison Van Styn, l'empire du champagne. Andrew, un étudiant américain à l'ambition débordante et au charme fou, rêve d'y faire un stage. Anouk lui laisse sa chance. La soif de connaissances du jeune homme va se révéler troublante...
Entre bulles de champagne et déplacements professionnels de luxe commence un enseignement enivrant aux plaisirs à la française. Jusqu'où Anouk osera-t-elle aller ?
 
 

D. Naissance d'un père de Laurent Bénégui  (Pocket)
 
Dans le même ordre d'idée, un autre livre dont la quatrième de couverture m'a convaincu.
4ème de couverture : Alors qu'une tempête s'abat sur la ville, Romain vit son propre tremblement de terre : sa compagne, Louise, va accoucher d'un instant à l'autre. Dans la salle de travail, le couple rencontre Sandrine, une jeune femme venue seule à la maternité, et pour qui tout ne se déroule pas comme prévu. Deux femmes, deux accouchements et deux naissances en quelques heures : c'est beaucoup pour un homme. Lui qui a peu connu son père doit à présent apprendre à le devenir pour sa fille. D'autant qu'un lien très particulier les unit...
 
 
 
E. Les humeurs insolubles de Paolo Giordano  (Points)
 
Et oui ! Ma passion pour l'Italie a encore frappé !  (l'auteur est originaire de Turin)
4ème de couverture : Madame A. nous a quittés. Celle qui nous avait maternés comme des enfants avec Nora, qui avait chéri notre fils Emanuele comme le sien, a préféré affronter seule le cancer qui la ronge. Sans elle, les métastases se développent sous nos lits. Nous voilà perdus, en proie à nos humeurs égoïstes. Nous a-t-elle laissé assez de force et d'amour pour rester une famille ?
 


F. Venise n'est pas en Italie d'Ivan Calbérac (Livre de Poche)
 
Voilà un livre qui m'a été conseillé par plusieurs lecteurs (dont une de mes professeurs) et que j'ai donc hâte de commencer.
4ème de couverture : Emile a quinze ans. Il vit à Montargis, entre un père doux dingue et une mère qui lui teint les cheveux en blond depuis toujours, parce que, paraît-il, il est plus beau comme ça. Quand la fille qui lui plaît plus que tout l'invite à Venise pour les vacances, il est fou de joie. Seul problème, ses parents décident de l'accompagner...
 


G. Penser et écrire l'Afrique aujourd'hui (ensemble d'articles dirigé par Alain Mabanckou) (Seuil)
 
Evidemment, je ne pouvais pas passer à côté de la dernière publication sortie sous le nom d'Alain Mabanckou
4ème de couverture : Lettres noires : des ténèbres à la lumière - c'est sous ce titre qu'Alain Mabanckou prononçait, le 17 mars 2016, sa leçon inaugurale en tant que professeur invité au Collège de France, une leçon qui vit se bousculer plus d'un milliers d'auditeurs. Conforté par cet écho, Alain Mabanckou a battu le rappel des chercheurs, écrivains et penseurs de l'Afrique postcoloniale, les conviant à venir débattre sur le thème "Penser et écrire l'Afrique aujourd'hui"...
 
 
 
 
H. Chroniques en Thalys d'Alex Vizorek  (Points)
 
Et enfin le dernier, et pas des moindres, le recueil de chroniques d'Alex Vizorek que j'ai eu l'occasion de rencontrer pour faire dédicacer le livre et ce fut une très belle rencontre, car il prend vraiment le temps (et les auteurs qui font ça ne sont pas très nombreux) de parler avec chaque personne, de se renseigner sur sa vie...Une vraie crème ! Donc un livre et une belle dédicace en prime !
4ème de couverture : Si la Belgique était une île, elle serait reliée à la France par le pont Vizorek. Dans ses chroniques, l'humoriste bruxellois vante les illustrations du calendrier de Clara Morgane, décrit avec une pointe de jalousie le sex-appeal de Patrick Bruel et compare sans complexe la Tour Eiffel au Manneken-Pis. Bref, il croque la France comme il croquerait une frite : avec amour.
 



Voilà donc le résultat de ma "pêche du jour" qui fut extrêmement bonne mais coûteuse.

PS : Du point de vue des dédicaces, j'ai pu également avoir une magnifique dédicace de Mme Françoise Houdart sur son livre Retour à Domme.
 
 
 

mardi 7 mars 2017

L'homme de ma vie - Yann Queffelec



L'homme de ma vie
 
Yann Queffelec




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce début du mois de mars, le papier que je vous livre céans est une critique du dernier livre de Yann Queffelec, l'Homme de ma vie, dans lequel il se livre sur les rapports si compliqués qu'il entretenait avec son père, l'écrivain Henri Queffelec.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  L'homme de ma vie
Auteur = Yann Queffelec
Edition - Collection = Editions Guérin
Date de première parution =  2015
Nombre de pages =  247 pages


Note pour l'essai = 15 / 20

 
B. Mon avis sur le livre
Je me suis motivé à lire ce livre, après avoir adoré le livre qui valut à l'auteur le Prix Goncourt, à savoir Les Noces barbares et après que l'auteur ait, quelques années auparavant, dans une émission nommée La parenthèse inattendue (animée par Frédéric Lopez) où il évoquait déjà les rapports difficiles avec ce père si imposant.

Dans ce livre, Yann Queffelec manie avec brio les sentiments et ressentiments de tous ses personnages : ce roman autobiographique raconte, en réalité, l'histoire de ce fils si méprisé par ce père aussi grand par la carrure que par le talent, et les efforts vains de ce fils qui s'acharne tout de même, comme n'importe quel homme, à aimer et à essayer de se faire aimer de son père, du début à la fin de la vie de ce dernier.

Point positif particulier pour la retranscription de certains évènements de cette vie hors du commun que fut celle de Yann Queffelec, car ces évènements traduisent avec brio ce rapport si compliqué avec ce père cyclothymique, tantôt aimant, tantôt méprisant envers ce fils cadet de la famille. Les évènements les plus marquants sont notamment ce voyage en Scandinavie où le père Henri semblait s'être étrangement adouci (mais ce n'était que passager) et lorsque Yann obtint le Goncourt qu'Henri (le père) n'avait jamais reçu. Résultat : un appel téléphonique laconique et plus d'un an de bouderie de la part du père (jaloux, certainement).

Seul petit écueils de livre : je trouve assez inintéressant que Yann Queffelec nous raconte, dans certains chapitres, sa vie de navigateur, car elle est assez hors propos et ne coïncide ni avec les rapports père-fils, ni avec sa vie d'écrivain.

En somme, si vous aimez les biographies d'auteurs, les rapports père-fils compliqués et l'écriture de Yann Queffelec, je vous conseille de dévorer ce roman que j'ai beaucoup aimé.


C. Quelques bons passages du livre

Mon père, un Finistérien pure souche, était grand, blond, les yeux bleus, des mains d'archange. Il parlait français, grec, latin, breton...Breton, non, d'ailleurs, il en souffrit tout sa vie. Il avait grandi à Brest dans un gynécée de plein-vent, quatre étages où ne vivaient pas moins de huit femmes à sa dévotion : sa mère, deux grands-mères et cinq sœurs dont la grâce atypique divisa toujours l'opinion.  (p. 15)
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À cinq ans, je deviens le souffre-douleur du grand Bouéboué, et pour un paquet d'années. Mode opératoire : il me punit jour et nuit sans témoins - exécuteur innocent des basses œuvres de papa. Si je me plains à maman, la punition s'envole, augmentée de sévices inédits.  (p. 26)
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Le rire de maman vaut toutes les fontaines où j'ai pu me désaltérer au cours de ma vie.  (p. 35)

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Plus encore que les cabinets, le Bureau qui m'attirait. Le Bureau de papa. Il ne s'y passait pas grand-chose apparemment. Une table, une armoire, un fauteuil, un lit, des bouquins partout, des rideaux verts à moitié arrachés, tous cordages ballants. Maman parlait sans cesse des "personnages" de papa. Ils étaient donc là, mais où ? Les marionnettes, la vieille demoiselle grippe-sou, le recteur de l'île de Sein, la soutane du recteur de l'île de Sein, le bâton sanglant du gars du bois, la souris borgne de Dinguebidon ? Où ça ? Comme le Méchant Monsieur, j'imagine, cachés là où on les voyait pas, où seul papa savait qu'ils étaient.  (p. 44)
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Blague à part, je ne défends pas la fessée. J'exècre la pédagogie des voies de faits, les prétendues vertus éducatives de l'ironie, l'humiliation pour la beauté d'un geste qui fait rire la galerie des frustrés. Tout ce qui ressemble à l'hégémonie du grand sur le petit me fait horreur.   (p. 125)
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Étrange, certains jours, comme on peut s'attacher à l'homme qui vous reproche d'être né. 
(p. 131)
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Que penserait-on si je devenais écrivain, je veux faire écrivain. On dirait : il se prend pour son père, hou ! hou ! et il écrit comme un cochon, hi ! hi ! Un cochon à pattes de mouche, ha ! ha !... Tout le monde se moquerait. Écrivain est un mot trop grand pour moi. Comme le veston Roberty qui sent la sueur du géant aux yeux bleus que j'appelle papa. Ecrivain est mot géant pour géants. J'essaie de le rapetisser. Je ruse avec le bon Dieu qu'il faut vouvoyer dans ses prières, au début des années soixante : faites de moi un poète, un grand poète maudit...Ce n'est pas un métier, la poésie, la malédiction, mais Baudelaire et Musset ne faisaient rien d'autre, et Villon non plus. Je n'ai aucune idée claire de la façon dont je m'y prendrai pour gagner ma vie tôt ou tard, mais je m'y prendrai comme eux, Baudelaire, Musset, Rimbaud. Et moi aussi, j'aurais les yeux bleus.  (p. 132)
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Et le lendemain matin, quand le téléphone sonna dans la maison, ce fut encore moi qui dus aller répondre, papa ne se levant pas.
Le Bureau baignait dans une clarté d'aurore et l'on voyait par-dessus les frondaisons du parc Montsouris les traînées roses du jour naissant. Aucun pressentiment, toujours pas. Je répondis en effet que j'étais M. Queffelec, oui Madame, c'est bien moi. Et la voix prononça des phrases comme au théâtre, avec douceur, mais je n'eus pas le temps de leur donner un sens, car papa me prit le téléphone des mains, pour ne pas dire qu'il me l'arracha, et je sortis du Bureau.
[...]
Je suis désolée, M. Queffelec, mais votre femme n'a pas passé la nuit.
Ma femme ! Ô ma chère maman.  (p. 151)
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Ne sois pas orgueilleux, frérot, je t'en prie. Grandis-toi de la pensée d'être le premier à rompre la glace entre vous, tu seras payé de ton courage au centuple. Et ne crains pas sa réaction. C'est contre les falaises les plus escarpées que les vagues se brisent le plus violemment.   (p. 161)

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Le père : Tu t'es pris un sacré bouillon ! dit-il sans me regarder, courbé sous le poids des chèques qu'il a dû signer pour me sortir du pétrin, chaque fois qu'un de mes voiliers tournait au fiasco. Et soudain, j'ai tout son regard dans les yeux comme s'il me noyait...Ton frère, dit-il d'une voix rauque, à fleur de sang, ton frère aîné. Tu n'avais qu'à l'acheter avec ton frère aîné - ton bateau ! Tu n'en serais pas là...  (p. 180)

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Un lundi matin, retour de Sausalito, je  reçus le prix Goncourt [...] Au bout d'un an, je fus la proie d'une intutition qui m'ordonnait de téléphoner à papa - Port Royal 97 33 - toutes affaires cessantes. Eh bien le croirez-vous, mais j'eusse été mieux avisé de continuer mes petites affaires dans mon coin, car il restait buté sur l'idée fixe d'un Goncourt qu'il avait du mal à digérer. Il avait rencontré Jean-Edern Hallier, et Jean-Edern Hallier lui avait dit tout de go que le père avait plus de talent que le fils...Ah bon, papa, il t'a dit ça ? Oui, à brûle-pourpoint. Et moi je lui ai répondu. Me prends pas pour un con ! Ah bon, tu lui as dit ça ?...  (p. 188)

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Il prend son temps. il fait ce geste rituel propre aux écrivains comme aux tueurs à gages, plongeant la main dans sa veste à la recherche de l'arme de poing. C'est un stylo l'arme de papa depuis ses premières écritures au lycée Kérichen de Brest, l'arme de papa. Tiens, ce n'est plus un Waterman. C'est un Parker noir à plume de fer, un stylo qui fait ricaner un marchand de Jaguar ou de 456(p. 200)

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J'ai du mal avec la réalité. Je cherche à la ployer quand elle me contrarie.  (p. 205)

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Depuis que je suis né, papa, je vis enchaîné à une certitude : mon père ne m'aime pas. Mon père a vécu ma naissance comme une injustice, un châtiment, il s'est vengé sur moi. Mon père avait dit à maman après la naissance de Tita : plus d'enfant, belle mignonne. Pas de cadet chez moi. Un fils, une fille, ça suffit. Le fils pour moi, la fille pour toi, Dieu est bien assez grand comme ça, et moi j'ai du boulot. Et maman lui avait dit : promis, Henri, plus d'enfant. Et là-dessus je suis né, grandes oreilles, grande bouche. Au moins tu as pu te marrer avec ta sœur dans les fêtes de famille...Oh les gorges chaudes ! Oh le vilain pas beau qui s'est trompé de famille !  (p. 215)

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Je suis à genoux en train de bidouiller dans l'anneau quand on me tape sur l'épaule. Je me retourne et vois des gros yeux lunaires dans la nuit. Quelqu'un se penche sur moi : "TOI, CHÉRI, T'AS UNE GUEULE D'ÉCRIVAIN."
[...]
Elle s'appelait Françoise Verny, directrice littéraire de Gallimard ! Je ne l'ai su qu'après. Elle a dit : venez dîner demain soir à l'hôtel Castel-Clara, ton copain et toi. Les autres clients iront manger des crêpes ailleurs.  (p. 222)

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On pense à tout quand on est grand-père...Un art, pas vrai ? L'art de vieillir, d'oublier, d'aimer ce bout de chou que l'on cherchait à briser menu dans le temps.  (p. 231)

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