samedi 22 avril 2017

Marianne porte plainte ! - Fatou Diome



Marianne porte plainte !
 
Fatou Diome




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce week-end d'élections présidentielles, je vous propose un grand pamphlet contre le racisme, la xénophobie, l'identité nationale excluante..., et j'en passe. que l'on accomplit en prétendant écouter Marianne, symbole de la France. Une diatribe nommée Marianne porte plainte ! et écrite par Fatou Diome.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Marianne porte plainte !
Auteur = Fatou Diome
Edition - Collection = Flammarion  (Collection Café Voltaire)
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  133 pages


Note pour l'essai = 15 / 20

 
B. Quatrième de couverture

"Face aux attaques racistes, sexistes, islamophobes, antisémites, Marianne mérite mieux qu'une lâche résignation. Ne laissons pas les loups dévorer les agneaux au nom de l'identité nationale. Marianne porte plainte ! "


C. Mon avis sur le livre

Dans ce pamphlet d'une centaine de pages, Fatou Diome rend compte de toutes les exactions que l'on peut faire et que les politiciens favorisent, tout cela au nom de Marianne qui, pour l'auteure, porte plainte...pour diffamation, car elle n'a jamais demandé une chose pareille. Elle demanderait une société inclusive plus qu'exclusive, contrairement à ce que l'on souhaiterait nous faire croire !

Le propos de ce livre peut évidemment susciter la polémique, car, en fonction de nos croyances politiques ou religieuses, les opinions sur ce livre peuvent aller de l'adoration à la détestation la plus totale. C'est un des principaux mérites de ce livre qui permet d'ouvrir le débat.

Cependant, je trouve que ce livre aurait mérité, pour plus de clarté, d'être plus court, car je trouve que l'auteure répète assez souvent les mêmes arguments sur les mêmes sujets d'un bout à l'autre du livre : elle traite avant tout du rejet de l'identité nationale telle que la conçoivent les politiques d'aujourd'hui, car trop excluante, mais aussi du sort réservé aux musulmans ou encore aux migrants en France, en ces temps troublés.

Néanmoins, je conseille ce livre à tous ceux qui s'intéressent aux sujets politiques.


D. Quelques bons passages du livre
Messagers du malheur, toujours à trier, accuser, rejeter, ils sont prêts à sonner la curée; je ne serai pas de ceux qui auront laissé les loups dévorer les agneaux au nom de l'identité nationale. Marianne porte plainte !  (p. 7)
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Le poussin éclot dans son poulailler et se moquer de savoir à qui il doit son toit.  (p. 7)
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Contre ceux qui disent défendre son identité mais, en réalité, se servent grossièrement d'elle pour asseoir leur funeste dessein, Marianne porte plainte ! Contre les indifférents, les fatalistes inconscients, qui laissent une clique de petits Français, indignes des grands d'hier, démolir les valeurs de la République et s'accaparer l'identité de la France, Marianne porte plainte ! Qu'auraient dit Clémenceau, de Gaulle, Jaurès, Blum et Mendès France ? Seuls les lâches et les complices laisseront les loups déposséder Marianne de sa dignité sans livrer bataille ! Marianne porte plainte !  (p. 9)
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Encore une élection présidentielle, encore cette terrible saison où plonger le nez dans un journal vous file immédiatement le rhume, tant les incongruités démagogiques prolifèrent. Comme à l'accoutumée, les loups se jettent sur l'identité nationale, quitte à écorcher l'idéal républicain. Les bourrasques d'idéologies nauséabondes traversent le pays de part en part et n'épargnent que les morts. Des quatre points cardinaux, de tonitruantes déclarations nous assaillent, nous assomment, nous asphyxient. Toutes les feuilles ne sont pas d'or, surtout à l'automne d'une année électorale ! Des esprits malhonnêtes profitent de l'effroi causé par Daech pour entretenir l'islamophobie et ranger tous les musulmans avec les terroristes. La laïcité se trouve doublement menacée, car ceux qui prétendent la défendre lui nuisent également, en se montrant parfois extrémistes que ceux qu'ils combattent.     (p. 11)
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L'éducation, encore et toujours, première des nécessités ! Parce que le savoir ôte de la force à la haine, l'éducation reste le meilleur antidote face aux menaces qui guettent la société. Même si les dresseurs du cirque politique nous prennent pour des ânes, persistons à distinguer le bon grain de l'ivraie, malgré les coups de gourdin qu'ils assènent à l'esprit.   (p. 12)

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Dresser le portrait d'une nation si complexe en quelques ruades, il n'y a que la mauvaise foi des manipulateurs de masse pour l'entreprendre ! La France est multiple, ses passions successives, ses idoles innombrables, son identité lui ressemble. Essayer de dire ce qu'est l'identité nationale avec une morgue nationaliste revient à faire un tri sélectif dans l'Histoire, c'est dire seulement ce qu'on voudrait que la France soit et non ce qu'elle est. Interroger le degré d'appartenance des autres à la France, c'est, de facto, poser la question de sa propre appartenance.   (pp. 19-20)

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(Parlant de Nicolas Sarkozy, alias Le Manipulateur-gesticulant) : Est-ce la crainte de voir sa propre identité et sa légitimité remises en cause qui le pousse à toujours hiérarchiser les populations, à chercher constamment plus étranger que lui ?  (p. 36)
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Or, l'affirmation de soi n'est pas une négation des autres, mais bien la capacité d'être parmi eux.   (p. 37)

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Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, depuis la Ve République, aucun président français ne s'est cramponné ainsi à l'identité nationale. Pourquoi donc ? Ici, le regard d'un psychologue éclairerait davantage que celui d'un historien. Si aucun de ces présidents n'a fait de l'identité nationale son mantra, sa monomanie politique, c'est peut-être parce qu'ils n'avaient rien à (se) prouver à ce niveau-là; bien ancrés dans leur pays, épargnés par la douleur du déracinement et le désir d'être admis qui tenaillent les "venus d'ailleurs", leur propre appartienne les tourmentait si peu qu'ils n'éprouvaient ni le besoin de la surinvestir ni celui de questionner celle des autres. François-Fion-nous-à-Dieu aurait pu s'inspirer d'eux, mais le voilà cognant Marianne au plexus : la France n'est une nation multiculturelle ! Lui aussi entend passer les autres sur le lit de Procuste de l'assimilation !   (pp. 37-38)

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Lorsqu'un responsable politique tient des propos susceptibles de mener à la guerre civile, il est tout aussi dangereux que les recruteurs de Daech.   (p. 38)

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Qui peut s'intégrer avec une citoyenneté fragilisée, marginalisée de la sorte ? Si la nationalité française ne rend pas l'appartenance au pays indiscutable, cela prouve qu'aux yeux de certains, sa légitimation passe par autre chose : les origines, type anthropologique caucasien !   (p. 42)

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Les guerres larvées sont plus difficiles à gagner, mais face aux attaques xénophobes racistes, sexistes, islamophobes, antisémites, homophobes, Marianne mérite mieux qu'une lâche résignation.  Le poison distillé pendant les campagnes électorales devrait renforcer le système immunitaire de la République. À l'unisson, citoyens ! Que notre vote l'affirme : Marianne ne veut pas mourir ! Messieurs les candidats au gouvernail du pays, prenez-moi pour une cloche, si cela pouvait vous éviter la surprise d'une éruption citoyenne, mon écharpe mauve d'altérite n'en serait pas froissée. Rassemblez au lieu de diviser le peuple qui risque, tôt pu tard, de s'unir contre vous !   (p. 44)

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(Parlant du passeport) : Paradoxalement, au lieu de faciliter mes passages, ce document les ralentit, les rend douloureux, puisqu'il n'inspire souvent que doute, ma mine l'invalidant aux yeux des fans de La-Marine-Marchande-de-Haine. Il leur est donc si inconcevable que l'on puisse bénéficier du sceau de Marianne, sans empester la crème solaire ou virer fraise première cueillette au moindre coup de soleil ? Je commencer à refuser des invitations pour des conférences lointaines, ras-le-bol des contrôles impolis qui m'empoisonnent les voyages ! Assez de cette suspicion !  (p. 48)

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François-Fions-nous-à-Dieu prêche l'assimilation, comme si nous méritions de subir d'autres avanies, après celles des colonies ! Au lieu de combattre la réitération des erreurs du passé, les nationalistes dénoncent un soi-disant trop plein de repentance et voudraient le sujet de la colonisation sous le boisseau.  (p. 50)

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L'assimilation, ce n'est jamais l'acceptation de l'autre, c'est même une négation de l'altérité, envisagée, en l'occurrence, comme une imperfection. L'assimilation, ce n'est pas l'admission, mais la dissolution de la différence. L'assimilation traque la dissonance, mais n'harmonise pas les âmes, elle les réduit, les fige dans un moule.  (p. 50)

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Que demandions-nous donc à Marianne ? Si ce n'est que ses fameux droits de l'homme reconnaissent à tout humain sa liberté, le droit de s'instruire mais aussi d'user de la langue de sa grand-mère, sans se voir méprisé ni contraint par des règles édictées par des impérialistes. Évidemment, Babel offre son banquet, mais tout bon chef cuisinier vous le certifiera, avant les plats exotiques, on éduque ses papilles en savourant les mets de sa terre. Compte tenu de la richesse de sa cuisine, il est certain que la France n'est pas faite de soustractions mais d'additions.  (p. 53)

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Á notre époque, où le monde se transporte, se colporte d'une table à l'autre, et quand Skype valide tous les accents du dialogues des cultures, réduire l'univers à son jardin au point de tenir l'assimilation pour une perspective sérieuse, c'est, au mieux, confesser une mentalité rétrograde, au pire, œuvrer délibérément à fortifier l'extrême droite. Et si cet ennuyeux débat ne servait qu'à masquer une carence de propositions électorales de Fions-nous-à-Dieu ?    (p. 53)

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On peut aimer la France, la respecter, reconnaître tout ce qu'on lui doit, sans oublier d'où l'on vient. Tout le monde n'a pas l'ingratitude de l'amnésie ! Il n'y a que dans un esprit colonialiste qu'une culture invalide l'autre.  (p. 55)

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À quoi servent les diplomates, quand la paix gît sur un brancard ?   (p. 64)

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Ce monde est une grande et même famille, plus vite nous œuvrerons à notre paix collective, plus vite nous vaincrons les maux qui rongent notre société.   (p. 65)

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Certains ont eu Communion et Confirmation chrétiennes avant de les renier, avec toutes leurs références familiales, pour se convertir et, finalement, se radicaliser. Spectateurs béats de leur propre transfiguration, ils évaluent les étapes de leur métamorphose dans l'image que la société leur renvoie, d'où ce permanent besoin d'auto mise en scène sur Internet. L'intérêt, même négatif, qu'ils suscitent les conforte dans leur démarche. Ils tiennent à leur bref instant de célébrité, qui ne les sauvera pourtant pas du néant qu'est leur vie. Perdus et sans envergure, soudain propulsés au rang de phénomènes médiatiques, ils savourent une illusion de puissance dans ces moments morbides qui bouclent leur parcours d'échecs.  (p. 68)

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Non contents de prendre des distances avec leur mode de vie d'avant, ils incarnent la tyrannie de leurs nouvelles certitudes, en vérité, des servitudes.    (p. 69)

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Rejoindre les extrémistes sur leur terrain idéologique, répéter leur insupportable rengaine du choc des civilisations en espérant les concurrencer de cette façon est une stratégie politique suicidaire, de surcroît indigne de toute personne engagée pour une République des valeurs. S'approprier les idées de l'extrême droite, filer sa chasse en charognards, c'est lui concéder la victoire, autant changer de parti, prendre position parmi les fauves. Un homme politique ne trompe jamais le peuple, il y a toujours des citoyens pour garder les yeux ouverts ; en revanche, il peut trahir l'idéal républicain. Hors du buisson !   (p. 70)

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Apaiser l'opinion publique en cédant sur les valeurs, c'est fragiliser les piliers de la République.  (p. 74)

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Se servir de la pratique religieuse ou de l'engagement idéologique des uns pour condamner l'ensemble de cette culture, ce n'est pas qu'un manque de discernement, mais souvent une façon d'entretenir ces amalgames intentionnels devenus récurrents sans les discours extrémistes.  (pp. 76-77)

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La Thora, la Bible et le Coran, tous servent de guides au même aveugle : l'humain   (p. 77)

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La France a un problème avec les terroristes, certes, mais également avec ceux qui pratiquent la chasse aux sorcières, lui désignant sans cesse des ennemis, au risque de renforcer les réflexes communautaristes.  (p. 82)

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Mais le peuple de France ne peut-il, en sa démocratie, exiger des modèles dignes de Schœlcher, Clémenceau, de Gaulle, Senghor ? Chaque époque a les intellectuels qu'elle mérite !  (p. 85)

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Un essayiste peut être polémiste, mais polémiquer n'est légiférer !   (p. 88)

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Non, être français, ce n'est pas qu'archéologie et spéléologie ! Être français, c'est une adhésion au vertus de la République, qui ne regarde ni les gènes, ni le culte, ni le lieu de naissance. La France n'est pas ceci, la France n'est pas cela ! Mais ceux qui excluent ainsi incarnent-ils le modèle de référence de ce qu'est la France ?    (p. 89)

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Il est vrai que sans berger on risque le ravin, mais c'est à ce prix qu'on découvre l'immensité des verts pâturages.   (p. 94)
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Avant d'être juif, chrétien, musulman, bouddhiste ou que sais-je encore, il faudrait d'abord prendre pleinement conscience de sa propre humanité pour, ensuite, être capable de la reconnaître chez les autres, quelle que soit leur obédience.   (p. 96)
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Même au pays des droits de l'homme, la Marine-Marchande-de-Haine recrute foule de matelots et file vers l'Élysée, portée par les vents mauvais. Comment la freiner, quand les partis dits respectables paraphrasent le discours de l'extrême droite et consacrent la victoire de ses idées ? Marianne porte plainte !    (pp. 104-105)
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Partageons le bien-être de notre monde, sans quoi la détresse sera collective.   (p. 110)
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L'autarcie étant anachronique, Marianne refuse de s'emmurer dans la peur. Longtemps, les sociétés humaines ont bâti leur survie les uns au détriment des autres, dans l'illusion d'une prédation sans conséquence. De nos jours, aucune économie nationale n'échappe aux soubresauts de la macroéconomie internationale.  (p. 113)
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Ce pays fabrique-t-il des cerveaux pour la seule vanité de les former, en renonçant par la suite à leurs capacités ainsi qu'à son propre retour sur investissement ? Si les impôts servent à cela, imaginez le gâchis ! Non seulement la France investit à perte, mais elle se prive d'une main-d'œuvre qualifiée au bénéfice de ses concurrents.   (p. 115)
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Les éclaireurs nous ont légué tant de flambeaux, mais ce siècle convoque les ténèbres et nombreux sont les humains qui cherchent une voie, une boussole, un espoir.  (p. 118)
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Quand l'humanisme est en panne, les morts conservent plus d'honneur que les vivants, puisqu'ils ne voient pas la honte qui couvre le soleil.  (p. 118)
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Comment l'Europe qui compte de tels phares peut-elle s'enfoncer périodiquement dans les ténèbres de la xénophobie ? Comment la hideuse vanité des nationalistes peut-elle accommoder les Lumières de leurs pères ? Rejetant les autres, les identitaires se départissent toujours de la meilleure part de leur propre histoire, celle qui les rattache à l'humanité. Qu'ils s'appauvrissent donc, puisqu'ils ne méritent pas ce qu'on admire chez leurs ancêtres ! Cependant, les huîtres ont beau s'enfermer, la marée leur apportera quand même des diatomées ! Contre ceux qui construisent des digues dans sa République, Marianne porte plainte !     (p. 122)
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Face à toute obscurité, je chercherai toujours l'issue de secours dans l'éducation, parce qu'elle seule libère l'individu de ses propres limites pour lui offrir le monde.   (p. 123)
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J'attends certes beaucoup de l'éducation, mais il me faut convenir qu'enseigner toutes les disciplines n'éclairera jamais qui se bouche les oreilles et se dispense d'ouvrir les yeux. Malgré la générosité pédagogue d'Yves Coppens, un océan de savoir n'irriguera jamais un lac de prétention.   (p. 127)
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Les assimilationnistes désirent nous imposer l'écriture d'un récit national, chiche ! À condition que ça ne tourne pas en fiction romanesque, brodée autour de leurs nouveaux critères de francité. Les confiants les laissent faire, les croyants incapables d'atteindre leur but : on s'alarme toujours trop tard, c'est-à-dire qu'on éduque toujours trop tard.     (p. 128)
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Front National, FPÖ, Vlaams Belang, Aube dorée, Pegida, Daech, l'écho de queqlle grotte donne tant de noms à un même monstre ? Xénophobie et fondamentalisme djihadiste, mêmes poils de loup  dans les ténèbres de l'extrémisme ! Politiques ou religieux, les extrêmes se nourrissent réciproquement et se raccordent pour nous encercler de la même haine. Contre ce mal, j'ai beau chercher, je ne vois qu'un remède : l'éducation !    (p. 129)
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lundi 17 avril 2017

"Arrête avec tes mensonges..." de Philippe Besson



"Arrête avec tes mensonges..."
 
Philippe Besson




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce lundi de Pâques, je vous propose un roman que j'ai lu la semaine dernière, pendant mes vacances, un roman autobiographique sur le sentiment amoureux et les ravages du temps...Ce roman s'intitule donc "Arrête avec tes mensonges" et est écrit par le romancier Philippe Besson


A. Caractéristiques du livre

Titre =  "Arrête avec tes mensonges..."
Auteur = Philippe Besson
Edition - Collection = Editions Julliard
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  183 pages


Note  = 15 / 20

 
B. Quatrième de couverture

Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : "Arrête avec tes mensonges." J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois, dans ce livre.

Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.

Mais un amour quand même. Un amour immense et tenu secret. Qui a fini par me rattraper.


C. Mon avis sur le livre

J'avais déjà lu un roman de Philippe Besson (cfr. D'ici, on voit la mer), roman qui m'avait plutôt déçu, car je trouvais qu'il racontait l'histoire d'un triangle amoureux relativement banal, sans rien d'extraordinaire...à part peut-être la toute fin du roman.

Toutefois, en voyant le propos de ce nouveau livre, je me suis laissé tenté en me disant que je ne devais pas rester sur une mauvaise expérience...et je ne regrette pas mon choix.

Ce roman sur la première aventure amoureuse de l'auteur (dont le souvenir lui revient à travers le fils de ce dernier) est très bien écrit : on ressent vraiment les émotions de l'auteur, tout l'amour qu'il a pu donner à ce Thomas Andrieu, mais aussi tout le mal-être qu'il subit, parce qu'il est contraint de cacher cet amour.

Le tout est écrit dans une prose légère et la fin est aussi tragique qu'inattendue. Tout cela nous donne un excellent moment de lecture, un roman qui se dévore !

Seul petit bémol : les scènes de sexe un peu trop explicitement développées, avec un vocabulaire peut-être assez peu approprié pour un roman grand public.

Toutefois, la prose de Philippe Besson est remontée dans mon estime et je compte peut-être lire, à l'occasion, un autre roman.


D. Quelques bons passages du livre

J'invente des vies à ces gens qui s'en vont, qui s'en viennent, je tâche d'imaginer d'où ils arrivent, où ils repartent, j'ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à ces inconnus à peine croisés, m'intéresser à des silhouettes, c'est presque une manie, il me semble que ça a commencé dès l'enfance, oui c'était là dès le plus jeune âge, maintenant, je me souviens, cela inquiétait ma mère, elle disait : arrête avec tes mensonges, elle disait mensonges à la place d'histoires, ça m'est resté, donc des années après je continue, je forme des hypothèses tout en répondant aux questions, en parlant de la douleur des femmes quittées, ce sont deux choses que je sais dissocier, que je peux faire au même moment, quand j'aperçois un homme de dos, traînant une valise à roulettes... (pp. 11-12)

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J'ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n'aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n'est qu'un instant, que ça disparaît et quand on s'en rend compte, il est trop tard, c'est fini, elle s'est volatilisée, on l'a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent pourtant, les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, les paroles roulent sur moi, ne s'accrochent pas, de l'eau sur les plumes d'un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant. (p. 18)

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Donc, je suis d'une époque révolue, d'une ville qui meurt, d'un passé sans gloire.  (p. 20)
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Aujourd'hui, je le giflerais, ce gamin de dix-sept ans, non pas à cause de ses résultats mais parce qu'il cherche seulement à complaire à ses juges.   (p. 21)
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Il n'imaginait pas que je puisse venir de cela, ce monde si rural, si minéral, ce monde lent, presque immobilisé, fossilisé. Il m'a dit : il a dû t'en falloir, de la volonté, pour t'élever. Il n'a pas dit : ambition, courage ou haine. Je lui ai dit : c'est mon père qui a voulu pour moi. Moi, je serais bien resté dans cette enfance, ce coton.  (p. 24)

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Plus tard donc, j'affronte la violence que provoque cette différence supposée. J'entends les fameuses insultes, au moins les insinuations fielleuses. Je vois les gestes efféminés qu'on surjoue en ma présence, les poignets cassés, les yeux qui roulent, les fellations qu'on mime. Si je me tais, c'est pour ne pas avoir à affronter cette violence. De la lâcheté ? Peut-être. Une manière de me protéger, forcément. Mais jamais je ne dévierai. Jamais je ne penserai : c'est mal, ou : j'aurais mieux fait d'être comme tout le monde, ou : je vais leur mentir afin qu'ils m'acceptent. Jamais. Je m'en tiens à ce que je suis. Dans le silence certes. Mais un silence têtu. Fier.  (p. 28)

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Il dit qu'il n'en peut plus d'être seul avec ce sentiment. Que ça le blesse trop.

Avec ces mots, il est entré dans le vif du sujet, il n'a pas biaisé. Il aurait pu se livrer à des manœuvres dilatoires, à des contorsions sémantiques, ou même tout bonnement abdiquer. Il aurait pu vouloir vérifier préalablement qu'il ne se trompait pas sur mon compte. À l'inverse, il choisit de s'offrir, de se mettre à nu, de dire, à sa manière, l'élan qui le pousse vers moi, au risque d'être incompris, moqué, rejeté.  (p. 41)
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Je me dis : et s'il regrettait ? Si, pour lui, tout n'avait été qu'un coup de folie, une erreur tragique, un fourvoiement grotesque ? Il se comporte comme si rien n'avait eu lieu, ou si comme tout devait être oublié, enterré. C'est même plus puissant qu'un oubli : cela ressemble à un déni. Je ne vois plus que ça, d'un coup : son désaveu. J'affronte la négation de ce qui nous a précipités l'un contre l'autre; la suppression de l'image.   (p. 56)

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Je me dis que plaire n'a duré que le temps d'une étreinte, dans un vestiaire. Que plaire n'a été qu'une illusion.   (p. 57)

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Je trouve que l'absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d'un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors, une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l'on ne possède pas de repères, où l'on pourrait se cogner, où l'on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l'absence, c'est d'abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors.   (p. 59)

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Pendant quelques semaines, je me demanderai s'il ne m'a pas choisi uniquement parce que j'étais disponible, parce que j'étais le véhicule idéal pour combler ses désirs réprimés, et parce qu'il n'en n'avait pas repéré d'autres comme moi. Je me répèterai : au fond, pour lui, je ne suis que le garçon avec qui il baise, rien de plus, réduit à un corps, un sexe, une fonction.   (p. 77)

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La jalousie ne m'est pas un sentiment inconnu, il est néanmoins très éloigné de moi. Je ne connais pas la possessivité, n'estimant pas qu'on dispose des prérogatives sur les êtres, je ne suis pas à l'aise avec la notion même de propriété. Je respecte au plus haut point la liberté de chacun (probablement parce que je ne supporterais pas qu'on entame la mienne).   (p. 108)

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Je sais que Thomas n'a consenti à cette unique photo que parce qu'il avait compris (décidé) que c'était notre dernier moment ensemble. Il sourit pour que j'emporte son sourire avec moi.   (p. 122)

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Il était déjà comme ça, à votre époque ? J'entends le "à votre époque", énoncé sans malignité qui expédie ma jeunesse dans des temps reculés, la fait ressembler à une curiosité, un objet d'étude, une bizarrerie.   (p. 136)

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Je perçois l'appétit et la désinvolture de ceux qui ont grandi sur une planète rétrécie, pour qui le voyage n'est pas une expédition mais une aventure ordinaire, pour qui la sédentarité est une mort déguisée. Je vois l'enfant mondial.   (p. 137)

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À la fin, la mort ce n'est qu'une affaire entre soi et soi ?    (p. 174)

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Tout de même, moi, je me demande comment on fait pour accepter cet entre-deux, cette absence qui n'est pas la mort, cette inaccessibilité qui n'est pas irrémédiable, cette existence fantomatique, comment on s'y résout, comment on n'est pas rattrapé par vagues régulières par le besoin de corriger cette imposture, de mettre fin à ce faux-semblant, de ne plus tolérer cette étrangeté ou tout simplement par le manque (on y revient sans cesse). On a beau vouloir respecter la liberté d'autrui (y compris quand on la juge égoïste), on a aussi sa propre douleur, son courroux, son spleen à surmonter. Mais je ne pose pas la question au fils amputé.   (p. 182)

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Je dis : courage, mais il s'agit peut-être d'autre chose. Ceux qui n'ont pas franchi le pas, qui ne se sont pas mis en accord avec leur nature profonde, ne sont pas forcément des effrayés, ils sont peut-être des désemparés, des désorientés ; perdus comme on l'est au milieu d'une forêt trop vaste ou trop dense ou trop sombre.  (p. 190)

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